Contemporanea
Jaargang XXXIX Jaar 2017 Nummer 2

Archieven

IHOES

Ludo Bettens

Le mouvement altermondialiste en Belgique

Pendant un peu plus d’une décennie, de 1996 à la fin des années 2000, un vent d’espoir a soufflé sur la société civile. Démentissant le slogan thatchérien « There is no alternative », la société civile remet en question la place prépondérante du néolibéralisme, de la mondialisation et de la finance dans l’économie. Jusque-là isolés dans leur combat face au capitalisme bien organisé au niveau mondial, divers organismes de nature et d’obédience diverses (ONG de coopération au développement, syndicats, mouvements environnementaux, associations de défense des droits de l’homme ou des personnes précarisées, associations d’éducation permanente…) convergent pour clamer d’une même voix qu’ « un autre monde est possible », basé sur les valeurs de solidarité, de justice sociale et de respect de l’autre. Les fonds (Camille Schmitz et Attac Liège), tous deux conservés à l’Institut d’histoire ouvrière, économique et sociale (IHOES) et récemment inventoriés, constituent des ressources incontournables pour l’étude de ce mouvement altermondialiste à Liège et plus généralement en Belgique.

Semaine de la solidarité internationale. Le travail décent en question au Nord comme au Sud. Affiche éditée par la Coordination D’Autres mondes, 2008 (Coll. IHOES, fonds Camille Schmitz)

Ancien prêtre en milieu ouvrier, Camille Schmitz est un militant incontournable du monde associatif liégeois et un « relieur » entre les nombreuses initiatives auxquelles il participe. Il constitue à ce titre une des chevilles ouvrières du mouvement altermondialiste (il coordonnera de 1999 à 2004 Attac Wallonie-Bruxelles). L’aventure débute en 1996, à Liège, avec l’Appel des 600, lancé par des représentants du monde social, syndical, scientifique, ONG et politique, à la mise en place d’une fiscalité plus juste. D’autres collectifs suivent : le Collectif belge des Marches européennes pour l’emploi, contre le chômage, la précarité et l’exclusion ; L’Argent fou (qui donne naissance à Attac Liège en 1999) et le Réseau d’action contre la spéculation financière qui dénoncent les dérégulations provoquées par la finance. En 1999, est créé Attac Wallonie-Bruxelles qui comptera jusqu’à 16 locales en région francophone. Elle sera, avec la locale liégeoise, l’organisatrice du Congrès européen citoyen (Liège, 2001), en réponse à la présidence belge de l’Union européenne. Dans la foulée sont lancés la Coordination D’Autres Mondes (ou Forum social à la liégeoise) et le Forum social de Belgique. Tous deux sont fort actifs dans la lutte contre l’Accord général sur le commerce des services (AGCS).

Priorité service public. Harry postier. Stop à l’AGCS. Faux timbre édité par la Coordination d’Autres mondes, dans le cadre de la campagne d’opposition à l’Accord général sur le commerce des services, 2003 (Coll. IHOES, fonds Camille Schmitz)

Au travers de nombreux documents internes (procès-verbaux d’assemblées générales et de réunions de travail, de notes stratégiques, de correspondance…), mais aussi de documents promotionnels (communiqués de presse, tracts…) et de textes d’analyse sur les principaux thèmes de mobilisation, le fonds Camille Schmitz permet d’appréhender la genèse du mouvement alternatif, les convergences entre ses divers composantes, les actions menées, les succès engrangés, mais aussi les prémisses de l’essoufflement du mouvement à l’aube des années 2010. Couvrant la période 1998-2014, les archives d’Attac-Liège (1,5 mètre linéaire) complètent le fonds Schmitz et permettent de constater que la voix altermondialiste est loin d’avoir été muselée.

- Ludo Bettens