WeeralWO2?! : le podcast qui propose une lecture critique de l’histoire contemporaine de Belgique
Peut-on encore apprendre quelque chose de neuf sur la Seconde Guerre mondiale en Belgique en 2026 ? « Tout à fait ! » répondent Koen Aerts et Nico Wouters. Depuis le mois de mars, les deux historiens proposent en effet un tout nouveau podcast intitulé WeeralWO2 ?! (Weeral Wereldoorlog 2 ?!, traduisible en français par : « Quoi, encore la Seconde Guerre mondiale ?! »), une série d’épisodes consacrés à la Seconde Guerre mondiale et à la place qu’elle continue d’occuper dans notre mémoire collective.
Une production de qualité, au service d’un casting cinq étoiles
Le projet est porté par la Faculté des Lettres et de Philosophie de l’Université de Gand, avec le soutien de Archiefpunt (https://archiefpunt.be/fr/), du CegeSoma et de FARO, le centre flamand pour le patrimoine culturel (https://faro.be/). Ce solide ancrage institutionnel se traduit par une réalisation particulièrement soignée et professionnelle, tant sur le plan des illustrations (Elena Wouters), du montage (Roel Daenen) et de l’excellent habillage musical (John Gruwez) que de l’animation elle-même.
Car le principal atout de l’émission réside dans son duo d’animateurs, véritable casting cinq étoiles. Historien de la Seconde Guerre mondiale et responsable de la didactique de l’histoire à l’Université de Gand, Koen Aerts est également très engagé dans des projets d’histoire publique. Il a ainsi notamment contribué à la création de la plateforme BelgiumWWII (https://www.belgiumwwii.be/) ou aux émissions Kinderen van de collaboratie et Kinderen van het verzet. À ses côtés, Nico Wouters est professeur invité à l’Université de Gand et directeur du CegeSoma (https://www.cegesoma.be/nl), le centre d’étude et d’expertise sur l’histoire des conflits du 20e siècle. Wouters a récemment publié un ouvrage passionnant sur le rôle de la SNCB sous l’occupation allemande, sujet qu’ils abordent d’ailleurs dans le sixième épisode de leur podcast.
Dans chaque épisode, Aerts et Wouters partent d’une question concernant la Seconde Guerre mondiale, à laquelle ils proposent une réponse critique. Leur ambition dépasse ainsi la vulgarisation scientifique, chaque épisode se voulant une invitation à confronter les récits mémoriels, les idées reçues ou les instrumentalisations politiques du passé aux acquis de l’historiographie la plus récente. En ce sens, WeeralWO2 ?! constitue un remarquable travail d’histoire publique, traitant de thématiques très variées.
Dans chaque épisode, Aerts et Wouters partent d’une question concernant la Seconde Guerre mondiale, à laquelle ils proposent une réponse critique. Leur ambition dépasse ainsi la vulgarisation scientifique, chaque épisode se voulant une invitation à confronter les récits mémoriels, les idées reçues ou les instrumentalisations politiques du passé aux acquis de l’historiographie la plus récente. En ce sens, WeeralWO2 ?! constitue un remarquable travail d’histoire publique, traitant de thématiques très variées.
Des thématiques d’ores et déjà très variées
Ainsi, le premier épisode propose une réponse fouillée et nuancée à la question de la résistance en Flandre : celle-ci était-elle moins importante qu’en Wallonie, et pourquoi ? Commençant par rappeler à l’auditeur l’importance d’éviter tout anachronisme (la « Flandre » ne recouvrant pas alors les mêmes réalités institutionnelles et géographiques qu’aujourd’hui), les deux historiens développent une analyse nuancée, stimulante, à rebours des logiques de simplification qui dominent les débats contemporains.
Les deuxième et troisième épisodes forment un diptyque consacré au vingtième convoi, qui partit de la caserne Dossin à destination d’Auschwitz et fit l’objet de deux attaques de la résistance permettant à plusieurs Juifs, dont Simon Gronowski, d’échapper à un funeste destin. La première partie de l’échange, assez longue (une heure), présente les faits historiques tandis que la seconde analyse les enjeux mémoriels et les dissonances entre le récit populaire et les sources historiques relatives à cet évènement.
Le quatrième épisode propose un débat concernant le 8 mai : celui-ci devrait-il redevenir un jour férié en Belgique ? Les deux présentateurs, dont les positions divergent sur ce point, y échangent leurs arguments et s’interrogent sur ce que cette date représente dans l’histoire de la Seconde guerre mondiale en Belgique.
L’avant-dernier épisode propose à nouveau un changement de format et nous offre une conversation entre les deux historiens et Tom Lanoye, auteur de De Draaischij, un roman explorant avec nuance les tensions morales et éthiques entourant l’occupation et la collaboration. La discussion passionnera tous ceux qui s’intéressent à la relation entre histoire, fiction et non-fiction.
Enfin, le dernier épisode paru à ce jour propose un portrait éclairant et nuancé de Narcisse Rulot, le dirigeant autoritaire de la SNCB durant la Seconde Guerre mondiale, membre de la résistance, qui sera finalement démis de ses fonctions par le conseil d’administration de la SNCB en 1946.
Un pari gagné
La diversité des thématiques abordées, l’éloquence et l’érudition des présentateurs rendent chaque conversation passionnante à écouter. On appréciera particulièrement le ton décontracté, parfois taquin, et les traits d’humour que s’échangent Wouters et Aerts, sans jamais se détourner de leur exigence scientifique. Leur souci de s’adresser à l’auditeur avec calme et pédagogie leur permet de s’adresser au grand public, en ce compris à l’auditeur ne maîtrisant pas parfaitement le néerlandais ou l’historiographie concernée. On regrettera toutefois que la durée, parfois assez conséquente, de certains épisodes risque de décourager de potentiels auditeurs. De même, un bref rappel des principaux arguments développés durant la conversation serait un complément très agréable à la conclusion de chaque épisode.
De leurs côtés, les amateurs d’histoire comme les contemporanéistes professionnels trouveront dans WeeralWO2 matière à satisfaire leur curiosité et apprécieront le souci des orateurs d’insérer chaque sujet dans son contexte historique, leur maîtrise de l’historiographie et leur fantastique habitude d’accompagner les épisodes d’une bibliographie facilement consultable – la synergie avec la plateforme BelgiumWWII démontrant là encore tout son potentiel.
Il reste à présent à espérer qu’une telle initiative fera des émules. À l’heure où les usages numériques transforment profondément notre rapport au savoir, le podcast apparaît comme un outil particulièrement efficace pour rapprocher la recherche du grand public. À cet égard, WeeralWO2 démontre de manière très convaincante qu’il est possible de conjuguer exigence scientifique, accessibilité et plaisir d’écoute.
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