Contemporanea
Tome XLII Année 2020 Numéro 4

Archives

Le fonds de Paulette et Paul-Louis Pierson-Mathy (Comité Contre le Colonialisme et l’Apartheid – CCCA)

François Belot, Centre des archives du communisme en Belgique (CArCoB)

Juriste spécialisée en droit international et professeur émérite de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Paulette Pierson-Mathy (1932- ) obtient son diplôme de docteur en droit en 1956. En 1964, alors employée par l’Institut royal des relations internationales, elle publie « La politique raciale de la République d’Afrique du Sud » 1. Comme le souligne Le Monde Diplomatique à l’époque, il constitue « l’un des rares ouvrages en langue française à traiter avec précision des conditions de vie des Africains dans la République sud-africaine » 2. Selon les mots de Paulette Pierson-Mathy elle-même, il s’agira d’une véritable carte de visite qui facilitera le tissage de liens dans les milieux anticolonialistes et anti-apartheid. Trois ans plus tard, elle regagne l’ULB. Elle y est nommée chercheuse au Centre de Droit international et au Centre d’études africaines, où elle dispense également des cours.

C’est à la suite de contacts établis à Alger en 1968 avec l’African National Congress (ANC), qu’elle fonde le Comité Contre le Colonialisme et l’Apartheid (CCCA), dont le but est de soutenir les mouvements de libération et anti-apartheid à travers le monde, en se focalisant particulièrement sur la région du Sud-Ouest de l’Afrique. Ce n’est effectivement pas un hasard si, en 1994 lorsqu’il change de nom, le comité devient « Comité Afrique Australe (CAA) ». Au cours de cette période, pour satisfaire à la mission qu’elle s’est donnée, Paulette Pierson-Mathy déploie une intense activité : elle réalise des études, organise des conférences qui rassemblent d’éminentes personnalités politiques issues des quatre coins du monde et collabore à de nombreuses campagnes initiées à l’échelle nationale ou internationale. Cette activité, particulièrement intense dans les années 1970 à 1990, cesse progressivement au cours des années 2000. Pendant cette période, Paulette Pierson-Mathy, peut compter sur le soutien indéfectible de son mari sans qui, selon ses propres mots, « tout cela aurait été impossible ».

Photographie prise dans le jardin de Paulette Pierson-Mathy, de gauche à droite : François Houtart, Joachim Pinto de Andrade, Agostinho Neto et Paulette Pierson-Mathy, 1974, Fondation Agostinho Neto.

Les archives que laisse le comité lui ont été conservées dans leur intégralité. Témoins d’une vie bien agitée, elles couvrent un volume considérable qui atteint environ 190 mètres linéaires. Le CArCoB, qui poursuit la récolte de ce fonds depuis 2016 dispose, pour le moment, de 80,4 mètres linéaires, consultables sur demande. Les archives concernent principalement les activités du comité. On y trouve : les études du comité, l’organisation de conférences et de débats et la prise de parole lors de ces événements publics, la participation aux réunions d’une myriade d’autres comités de solidarité belges et internationaux, ainsi qu’à des commissions d’enquête mandatées par les Nations Unies. Il faut mentionner également l’incontournable correspondance qu’échange le comité avec les mouvements de libération et de lutte contre l’apartheid, ainsi que la volumineuse documentation qui émane de ces diverses organisations issues du Moyen-Orient, d’Amérique latine, d’Europe, d’Asie et surtout d’Afrique

Affiche du SWAPO célébrant le onzième anniversaire du Parti et sa lutte armée pour libérer la Namibie, 1977, Fonds de Paulette et Paul-Louis Pierson-Mathy (CCCA).

Nous ne pouvons que conseiller la consultation de ce fonds qui constitue une source exceptionnelle en Belgique pour quiconque s’intéresse à la lutte contre l’apartheid et le colonialisme, mais aussi à la solidarité internationale, à l’accès à l’indépendance par la lutte armée et au processus de décolonisation.

- François Belot

Références

  1. Pierson-Mathy, Paulette, « La politique raciale de la République d’Afrique du Sud », dans Chronique de politique étrangère, vol. XVII, n° 3-5 (Bruxelles : Institut royal des relations internationales, 1964).
  2. Le Monde Diplomatique, février 1965, p.13, En ligne. Cliquez-droit ici. (Consulté le 03/12/2020).