Contemporanea
Jaargang XXXVIII Jaar 2019 Nummer 2

Archieven

Les archives du protestantisme belge

Annette Hendrick et Jean-Louis Moreau, ORAM, Cabinet d’historiens et d’archivistes

Au printemps 2016, la direction synodale de l’Église Protestante Unie de Belgique (EPUB) s’est adressée à deux historiens et archivistes indépendants pour le traitement des archives historiques déposées à la Maison du Protestantisme, rue Brogniez à Bruxelles. La masse concernée était estimée à 273 mètres linéaires. D’emblée, il apparut que les archives de cette minorité confessionnelle étaient du plus haut intérêt.

Pour élaborer un plan de classement, il fut tenu compte de l’histoire complexe de l’EPUB, fondée en 1978 par rapprochements successifs entre plusieurs Églises d’obédience protestante organisées aux XIXe et XXe siècles : Église Réformée de Belgique, Église Protestante de Belgique, Conférence Belge de l’Église Méthodiste, association Stads- en Landsevangelisatie Silo… Le respect du principe de provenance obligea les archivistes à créer plusieurs fonds distincts, reflétant ainsi le paysage protestant qui est pluriel depuis l’origine. La situation se compliqua d’ailleurs du fait qu’aux archives proprement synodales, se mêlaient celles d’une douzaine de paroisses, d’associations protestantes (mouvements de jeunesse, œuvres de solidarité…), des missions protestantes au Rwanda, etc.

Un petit fonds mérite une mention spéciale : celui de la Fédération des Églises Protestantes, qui fut une plate-forme commune aux Églises réformées avant leur fusion en 1978. Avant la Première Guerre déjà, les Églises protestantes de Belgique avaient pris des initiatives conjointes dans plusieurs domaines, comme la recherche historique, avec la création de l’Association pour l’Histoire du Protestantisme en Belgique et, en 1908-1909, celle la Société Belge des Missions Protestantes au Congo. Le mouvement s’accentua après la Grande Guerre. En 1923, les deux principales Églises réformées décidèrent de fonder ensemble une « Fédération des Églises Protestantes » afin d’organiser ensemble les cours de religion dans les écoles officielles. Les Églises baptistes, adventistes, méthodistes et l’Armée du Salut adhérèrent successivement à la Fédération, dont les activités allèrent en s’élargissant, spécialement après la Seconde Guerre mondiale. La Fédération fut active dans les domaines suivants : jeunesse, médias (radio et télévision), entraide entre Églises, aide aux réfugiés, organisation des écoles du dimanche, œcuménisme, évangélisation, œuvres sociales, coopération au développement… sans compter l’organisation de la participation des Églises protestantes à l’Expo de 1958.

Tente d’évangélisation à Pâturages (Borinage) durant l’entre-deux-guerres (Coll. EPUB).

Le tri des archives n’amena pas l’élimination massive de documents. En fait, les archivistes des différentes Églises concernées n’avaient pas trop mal fait leur travail : les séries conservées remontaient souvent à leur fondation. Il y avait eu sélection au fil du temps, mais pas de destruction aveugle. Parmi les personnes auxquelles nous sommes redevables de ce patrimoine exceptionnel, il y a le pasteur Hugh Boudin, qui pendant un demi-siècle a traqué ceux qu’il appelait les assassins de la mémoire. D’où, l’idée de donner son nom au centre d’archives de l’EPUB.

Le travail de description détaillée et de conditionnement des archives a été mené à terme fin 20181. Lors du synode de l’EPUB en novembre 2018, le résultat a été présenté en primeur à l’Église : 12 inventaires sont finalisés et imprimés, comprenant au total 1042 pages et 11 158 analyses ! Les fonds reconstitués (ils étaient en effet dans un désordre assez incroyable) sont d’une grande richesse. Ils concernent la « constitution » des Églises (les statuts et règlements), les organes synodaux, leurs rapports avec les paroisses et groupes de paroisses, l’évangélisation, les œuvres sociales, les œuvres de jeunesse, les rapports avec les autorités publiques (par exemple, le ministère compétent pour le culte), avec les Églises protestantes étrangères et avec les autres confessions en Belgique.

Les découvertes abondent. Il y a par exemple ces rapports des colporteurs qui racontent au jour le jour la propagation de l’Évangile à travers tout le pays – elle s’est faite sac au dos et par tous les temps. Il y a les rapports de missionnaires œuvrant au Rwanda sous la bannière de la Société Belge des Missions Protestantes au Congo, qui évoquent à la fois la pastorale, l’œuvre sanitaire et le développement des écoles dans l’entre-deux-guerres. Il y a ces collections de journaux qui racontent la vie quotidienne des églises ; des centaines de photos (dont beaucoup scannées en cours d’inventaire) ; des centaines de méditations prononcées à la radio…

Membres de la paroisse protestante de Boussu-Bois vers 1900. Le protestantisme se développa dans les milieux populaires du Borinage au XIXe siècle (Coll. EPUB).

Reste maintenant à mettre en place les structures d’encadrement de la consultation des archives, tout en veillant à rassembler ce qui est encore dispersé et à préserver les archives en formation. Car le protestantisme belge est bien vivant et la gestion numérique pose aussi des défis à l’EPUB !

- Annette Hendrick et Jean-Louis Moreau

Webreferenties

  1. ORAM: https://www.oram.be/accueil/

Referenties

  1. Pour en savoir plus, voir le lien suivant : https://fr.protestant.link/archives/. Cette présentation devrait être complétée prochainement et la partie « archives » du site légèrement modifiée.