Contemporanea
Jaargang XXXVIII Jaar 2019 Nummer 2

Recensies

Lobbes, Tessa, Verleden zonder stof. Strijd om het geschiedenisonderwijs in België, 1945-1989, (Gent : Academia Press, 2017), p. 408.

Guy Zelis, UCLouvain

L’enseignement de l’histoire a toujours suscité de vifs débats idéologiques, épistémologiques et didactiques. Quelle histoire enseigner ? Comment l’enseigner ? Comment le faire au niveau de l’enseignement secondaire ? Ces questions ne sont pas simples et ont connu de nombreuses réponses plus ou moins vives. Par l’édition de son doctorat en histoire, présenté à la KU Leuven en 2012, Tessa Lobbes fournit une contribution importante à l’histoire de l’enseignement de l’histoire en Belgique. La question est traitée par l’a. selon trois facteurs interprétatifs, - la société, la science et la pédagogie, - dont la combinaison donne à comprendre l’évolution de l’enseignement de l’histoire, essentiellement abordé ici pour l’enseignement secondaire et ce, pendant l’après-Seconde Guerre mondiale. Ces facteurs déterminent non seulement les commissions de programmes qui fixent des finalités, des contenus et une didactique, mais aussi l’action des inspecteurs d’histoire. Le rôle de ces derniers, parmi lesquels quelques figures émergent (par exemple Léopold Flam, André Puttemans et René Van Santbergen), est particulièrement souligné, mais fut néanmoins pris en relais à partir des années 1970 par l’influence des historiens universitaires.

L’ouvrage traite la matière en trois parties chronologiques, dont les césures correspondent à des réformes du système scolaire et à la publication de programmes pour l’enseignement déterminant le cadre et les contenus des heures de l’enseignement de l’histoire. Pendant la première période, de 1945 à 1961, la génération de l’après-guerre rencontre le défi d’une compréhension internationale, sous la pression de l’Unesco pour le réseau officiel et du Conseil de l’Europe pour l’enseignement catholique. Pendant une deuxième période, qui couvre les années 1955 à 1969, les expériences mises en avant sont celles, pour la Flandre, de Léopold Flam, inspecteur d’histoire dans l’enseignement officiel de 1955 à 1969, et, pour une partie de l’enseignement secondaire officiel francophone, de René Van Santbergen, qui succède comme inspecteur d’histoire à André Puttemans en 1961. Les adeptes d’un enseignement traditionnel, fondé sur l’exposé magistral et sur le récit historique, donc sur un déroulement chronologique des faits, s’opposaient aux promoteurs d’un enseignement « nouveau », fondé sur des méthodes actives, sur la résolution de problèmes, - ceux qui se sont posés à l’homme à travers le temps, - sur le souci de comprendre parfaitement le monde d’aujourd’hui. Les élèves étudient une histoire diachronique et thématique à complexité croissante, les manuels sont remplacés par des fascicules ne contenant que des sources, l’étude de thèmes doit susciter l’intérêt de tous les élèves quel que soit leur milieu social d’origine. La généralisation de ce programme à toute la Belgique s’effectue en 1969. La critique émane alors des historiens académiques qui jugent cette nouvelle histoire scolaire antiscientifique, antidémocratique et antipédagogique. Marqué par une lutte pour le droit d’exister, l’enseignement de l’histoire a, pendant une troisième période (1969-1989) envisagé, avec des accents différents selon les réseaux et les communautés linguistiques, l’histoire comme formation sociale, l’enseignement catholique francophone menant un combat contre « l’homme unidimensionnel » (une référence au livre d’Herbert Marcuse, publié en anglais en 1964 aux États-Unis et traduit en français en 1968).

Une précision : s’il est exact que Léopold Genicot (1914-1995) portait une attention soutenue au patrimoine, de même qu’à une conscience wallonne intégrée à l’histoire nationale (p. 273-274), notons cependant qu’il n’est pas l’artisan de la première heure des volumes du Patrimoine monumental de la Belgique, ni le maître d’œuvre de l’enquête sur l’Architecture rurale de Wallonie, 1983-1992, 12 vol. (ouvrages cités p. 285, note 158) : il s’agit, en réalité, de son fils, Luc-Francis Genicot (1938-2007).

- Guy Zelis