Contemporanea
Jaargang XLI Jaar 2019 Nummer 3

Archieven

Inventaire des archives de Pierre Vermeylen

Jean Lefèvre, archiviste à l’Institut Émile Vandervelde (IEV)

Portrait de Pierre Vermeylen (1945-1950) (Coll. IEV, Archives Pierre Vermeylen).

Ancien membre des Jeunesses communistes, avocat membre du Secours Rouge International, fondateur de la Cinémathèque royale de Belgique, exilé « londonien » pendant la Deuxième Guerre mondiale, sénateur pendant de longues années, ministre de l’Intérieur à deux reprises (pendant la « guerre scolaire » notamment), ministre de la Justice et de l’Enseignement, membre de la Commission pour la Réforme de l’État… Pierre Vermeylen a eu un parcours professionnel aussi varié qu’intéressant. Intellectuel et homme de conviction, il milita tout au long de sa vie pour la défense des droits de l’Homme, l’égalité des genres, l’abolition de la peine de mort ou l’amélioration des conditions carcérales. On lui doit également nombre d’initiatives en faveur de la protection de l’enfance. L’Institut Émile Vandervelde vient de réaliser un inventaire de ses archives personnelles (12,65 mètres). Fait assez particulier, ce fonds, accessible aux chercheurs dans son intégralité, présente l’œuvre d’une vie, de la naissance à la mort de son producteur. On retrouvera par exemple une riche documentation (remontant au 19e siècle) sur son père Auguste Vermeylen (sénateur socialiste et recteur de l’Université de Gand), mais également des documents très intéressants sur le Parti communiste pendant l’entre-deux-guerres, la lutte contre le fascisme dans monde (par le biais du Secours Rouge International), les droits de l’Homme en URSS…. L’essentiel de ses archives concerne ses activités de sénateur et de ministre d’État (de 1945 à 1974).

Lettre adressée par Albert Einstein à Pierre Vermeylen, 1933 (Coll. IEV, Archives Pierre Vermeylen).

Si les sujets sont très variés, on remarquera d’importants dossiers sur l’épuration, la question royale, l’économie, le pacifisme, les questions linguistiques, la réforme de l’État, les questions éthiques… Les archives concernant les périodes où il était ministre, ne sont pas très importantes en terme de métrage, mais présentent tout de même d’intéressants dossiers sur les sujets qui l’intéressaient au plus haut point (pensons aux archives relatives à la loi sur la protection de la jeunesse quand il était ministre de la Justice). Le fonds contient également une riche documentation. Pierre Vermeylen constituait, tout au long de sa vie, des dossiers relatifs à des personnes ou des thématiques particulières. On trouve par exemple dans un même dossier sur le communisme des documents datant des années vingt (de grande valeur, à l’exemple de journaux étudiants communistes) et d’autres des années quatre-vingts. Les documents concernant le Parti socialiste (belge) ne sont pas très nombreux. On retiendra par contre parmi ceux-ci une grande quantité d’écrits et de discours tenus dans des meetings politiques, démontrant combien Pierre Vermeylen était un insatiable propagandiste au sein de son parti. Les archives ne concernent pas uniquement des sujets politiques mais touchent à toutes les questions qui pouvaient l’intéresser : le cinéma et le théâtre, la censure, la défense de la démocratie dans le monde, ou même la gastronomie… La diversité de ses activités font en sorte que l’on trouve dans ses papiers aussi bien des lettres d’hommes politiques (de tous bords) que du courrier provenant d’intellectuels et d’artistes comme Greta Garbo, Albert Einstein, les frères Lumières, Paul Delvaux ou Georges Simenon… Remercions également José Gotovitch et le Centre des archives du communisme en Belgique (CArCoB) d’avoir transmis des photocopies d’archives de Pierre Vermeylen relatives à ses activités au Parti communiste. Celles-ci complètent magnifiquement le fonds existant.

- Jean Lefèvre