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Lamberigts, Mathijs & de Pril, Ward (eds), Louvain, Belgium, and Beyond. Studies in Religious History in Honour of Leo Kenis (Leuven: Peeters, 2018), p. XVIII-517

Charles Melebeck, Chargé de projet (2019-2020) à l’ARCA – Archives du monde catholique, Louvain-la-Neuve.

Le numéro 299 de la Bibliotheca Ephemeridum Theologicarum Lovaniensium, édité par Mathijs Lamberigts et Ward de Pril en l’honneur de Léo Kenis (professeur d’histoire du christianisme contemporain et de la théologie à la KU Leuven, admis à l’éméritat en 2018), se structure en six parties thématiques. La première partie est consacrée à l’ancienne faculté de théologie de Louvain (p. 1-70) ; la deuxième à la crise moderniste qui a frappé l’Église catholique à la fin du XIXe et au début du XXe siècle (p. 71-180); la troisième aux ordres religieux en Belgique et à l’étranger à l’époque contemporaine (p. 181-252), la quatrième revient sur la préparation et la mise en œuvre du concile Vatican II (p. 253-390), la cinquième est consacrée à « Louvain de 1966 à 1968 » (p. 391-462) et le dernière partie (p. 463-498) est un mélange de deux articles consacrés respectivement au jésuite Jean-Nicolas Grou (1731-1803) et au cardinal belge Dechamps (1810-1883).

Nos domaines de compétence portant sur le concile de Trente, dont nous avons partiellement approché l’application locale à Floreffe et sur les évolutions très contemporaines de l’éducation catholique belge par le clergé autour de Vatican II, nous consacrerons les paragraphes suivants aux contributions se rapportant plus directement à ces deux objets.

Dans un article (p. 3-22) intitulé « The sixteenth century Louvain faculty of theology and the debate about Bible reading in the vernacular. The positions of Cornelius jansenius “of Ghent” and Josse Ravesteyn “of Tielt” », Wim François (KU Leuven) décrit la circulation, dans les Pays-Bas du XVIe siècle, de nouvelles éditions de la Bible. Après avoir décrits les positionnements des théologiens louvanistes au lendemain des réformes et jusque 1560, l’A. montre comment le pontificat de Paul IV – qui crée l’Index pontifical en 1558-1559 – fait émaner de toute publication vernaculaire de la Bible des relents d’hérésie. En parallèle, Philippe II laisse fleurir les éditions vernaculaires à Anvers, poursuivant ainsi la politique tolérante de son père, mais les montées calvinistes aux Pays-Bas, suivies de l’arrivée du duc d’Albe abreuvent le courant contre-réformiste en pleine ascension et poussent les éditeurs à accroître leur prudence. C’est durant cette période-clef, particulièrement entre 1566 et 1567, que Cornelius Jansen et Josse Ravesteyn ont la tâche délicate de réaliser le même exercice en pleines controverses politico-religieuses.

Els Agten (KU Leuven), spécialiste des traductions modernes de la Bible, présente une étude (p. 53-72) sur le Pastor Bonus de Johannes Opstraet (1651-1720), théologien janséniste louvaniste qui enseigne à la faculté de théologie tout en devant faire face aux difficultés liées à son école spirituelle. La question centrale de cette contribution est celle de l’idéal sacerdotal proposé par Opstraet aux prêtres en formation, elle structure son interrogation en deux sous-questions : celle de la présence de l’idéal sacerdotal tridentin alors en vigueur ainsi que celle des influences jansénistes qui parcourent alors la cité universitaire flamande. L’A. y parle du succès du livre, réédité en de multiples occurrences et proposé aux futurs prêtres. Dans un contexte où la Compagnie de Jésus tente de s’imposer en milieu louvaniste, l’ouvrage de théologie pratique propose une vision de l’identité et des devoirs pastoraux très différentes. L’auteur propose en effet tant un idéal de vie pastorale et une théologie pratique des sacrements que des attitudes morales à observer dans différentes situations pastorales.

Quant aux contributions relatives à l’histoire du concile Vatican II, celle de Karim Schelkens (Tilburg) revient sur « Newman et l’œcuménisme catholique avant Vatican II » (p. 275-288). L’A. pose tout d’abord la question de l’influence de l’ex-Anglican sur la Conférence catholique pour les Questions œcuméniques ; il aborde ensuite la mobilisation des théories de Newman par les trois passionnés d’œcuménisme et de réforme que sont Willebrands, Congar et Bouyer. L’A. attire l’attention sur la théorie de l’adaptation historique contextuelle des formes de vie ecclésiales qui est au cœur des travaux du converti anglican. Cette vision de l’histoire de l’Église pousse à une certaine humilité et à une vigilance permanente sur les défauts de l’Église. Cette contextualisation amène aussi à considérer l’Église dans toutes ses formes, c’est-à-dire que la fragmentation des églises témoigne de différentes traditions qui se reflètent dans les pratiques locales.

Jan De Maeyer (KU Leuven), auteur de nombreux ouvrages sur les congrégations religieuses modernes et contemporaines, s’est quant à lui intéressé à la manière dont ont été relayés les grands axes des réformes conciliaires de Vatican II auprès des jeunes par la Compagnie de Jésus. Son approche est basée sur l’exploitation des revues publiées à l’attention du jeune public flamand, secteur traditionnel d’investissement des jésuites. L’A. montre comment les médias se sont attachés à rendre moins opaque le fonctionnement ecclésial et conciliaire auprès d’un public non-averti. Le deuxième sujet-clef est la mise en avant d’une nécessité de « mise à jour » de l’Église tout en montrant comment ce changement devait inclure les laïcs et n’était donc pas une affaire strictement cléricale. Prôner l’action de chaque individu cadre d’ailleurs parfaitement avec la pédagogie jésuite axée sur le discernement personnel. Cette place donnée à l’individu se veut la pierre angulaire de la vision jésuite d’une nouvelle Église, basée sur l’idée de communauté, elle-même appuyée par une vision plus prophétique du clergé et une liturgie plus participative abritée par des architectures revisitées. Cet appel à la communautarisation de l’Église ne se limite d’ailleurs pas au catholicisme romain : les jésuites prônent l’ouverture œcuménique et la recherche d’un terreau commun sur base du dialogue. Cette vision nouvelle proposée par les jésuites flamands témoigne en somme de l’ouverture au enjeux mondiaux, attitude qui caractérise l’ordre depuis sa fondation.

En conclusion, ce recueil d’études en l’honneur de Leo Kenis reflète la rigueur de l’investigation historique qui caractérise la chaire d’histoire du christianisme de la KU Leuven mais pêche par la faible prise en compte, dans les contributions, des acquis des sciences sociales – de la sociologie des religions plus particulièrement –, et reste souvent dans le champ d’une histoire religieuse (de la théologie et des théologiens) aux approches, questions et méthodes peu renouvelées.

- Charles Melebeck