Contemporanea
Jaargang XLII Jaar 2020 Nummer 1

Recensies

Vandendriessche, Joris, Zorg en wetenschap. Een geschiedenis van de Leuvense academische ziekenhuizen in de twintigste eeuw (Leuven: Universitaire Pers Leuven, 2019), 304 p.

Renaud Bardez (ULB)

Avec son dernier ouvrage, l’historien Joris Vandendriessche (KU Leuven) continue à explorer les espaces de création, de transmission et d’application des savoirs médicaux. Cette nouvelle contribution constitue un apport fondamental à l’histoire de la médecine tant pour la compréhension des structures de soins que des rapports de force complexes entre les villes, les acteurs des soins et les universités.

Cet ouvrage, centré sur l’étude des hôpitaux universitaires de Louvain durant le XXe siècle, n’est pas une « histoire de bâtiments », mais une histoire institutionnelle complexe, faite de chemins de traverses et de tensions entre les ordres religieux, d’une part, et les autorités politiques, universitaires et médicales, d’autre part. Par ce biais, l’auteur brosse un portrait des réalités successives d’une institution hospitalière académique. Il aborde notamment l’introduction des antibiotiques dans l’arsenal thérapeutique, le passage d’une approche faite de tâtonnements thérapeutiques au développement de technologies de pointe pour l’élaboration du diagnostic, la place de la religion catholique dans l’espace hospitalier ou encore les transformations du rapport au patient. Dès lors, à partir de cette étude de cas, l’auteur élabore une recherche à la croisée de l’histoire des institutions hospitalières, de la médecine et de l’enseignement, tout en l’intégrant dans l’histoire socioculturelle et politique du XXe siècle belge.

Pour mener à bien ce projet, l’auteur a composé un corpus de sources volumineux comprenant, par exemple, des dépouillements des archives de la Commission de l’Assistance publique, du conseil communal de la ville pour l’étude de l’hôpital Saint-Pierre, des archives du rectorat de la KU Leuven, des congrégations des sœurs hospitalières et des archives de l’UZ Leuven pour les périodes post-1970. Au-delà des sources produites par les institutions de soins, Joris Vandendriessche a également eu recours à de nombreuses archives privées de médecins ayant exercé dans les diverses institutions, permettant d’incarner et de donner du relief aux turpitudes institutionnelles. Dernièrement, outre l’ampleur des sources et archives consultées, l’auteur s’est aussi mué en producteur d’archives par la réalisation d’une cinquantaine d’interviews.

Élaboré selon une approche thématico-chronologique, cet ouvrage offre la possibilité au lecteur d’approfondir une ou plusieurs thématiques de son choix. En effet, le récit est articulé autour de trois périodes chronologiques, elles-mêmes divisées en trois thématiques, pour un ensemble de neuf chapitres. Sur le plan thématique, l’auteur débute chaque période par une étude de la conceptualisation et de la mise en œuvre des politiques de construction et de gestion des hôpitaux académiques. Le deuxième axe thématique est centré sur les savoirs et les processus de professionnalisation, mettant en perspective le développement des spécialisations médicales au regard de la recherche et de la formation. Troisièmement, dans une approche renouvelée de l’historiographie de l’histoire hospitalière, l’auteur se penche sur l’expérience des patients et notamment, les politiques éthiques.

Pour ce qui est de la chronologie, la première période s’étend de la sortie de la Première Guerre mondiale à la fin de la Seconde. Il y développe notamment « l’équilibre des pouvoirs » au sein de l’hôpital entre médecine interne et chirurgie. Il aborde également l’importance de la religion catholique dans les soins, dans la structure et la vie quotidienne de l’établissement. À titre d’exemple, un élément particulièrement intéressant concerne les soins infirmiers, d’abord entièrement aux mains des sœurs hospitalières puis transférés, non sans difficultés, à des infirmières laïques et professionnalisées. La seconde période chronologique, 1950 à 1980, est marquée par de forts enjeux et débats sociétaux. L’auteur y développe notamment les manœuvres des évêques dans la gestion de la structure hospitalière, envisagée comme une barrière aux aspirations laïques au sein de la société, référant d’ailleurs aux combats idéologiques entre l’ULB et la KUL. À ce titre, la question de la délivrance de la pilule dans un environnement catholique exemplifie parfaitement cette situation. Aussi, cette période est celle de l’inauguration du Gasthuisberg, un campus de soins entièrement néerlandophone qui met fin aux conflits linguistiques dans les soins hospitaliers. Il s’agit également d’une période de transformations profondes dans la gestion de l’hôpital, avec le transfert de l’autorité des recteurs et évêques aux médecins managers. La troisième période, 1980 – 2005, est également marquée par un important tournant dans la politique hospitalière des universités. Après une longue période d’expansion, les réalités politico-budgétaires imposent une période de rationalisation des soins hospitaliers à la suite des coupes budgétaires. Ce chapitre relate également l’arrivée au sein de l’hôpital des « McKinsey boys », qui prennent le pas sur les médecins managers et bousculent les logiques et schémas de fonctionnement de l’hôpital.

Par cette importante contribution, Joris Vandendriessche ouvre la voie d’une historiographie renouvelée des hôpitaux académiques en Belgique, loin des habituels ouvrages de jubilé. À la lecture de cet ouvrage, nous constatons de vraies lignes similaires à d’autres hôpitaux académiques en Belgique. Dès lors, il pose un jalon important pour une histoire hospitalière comparée tant à l’échelle nationale qu’internationale.

- Renaud Bardez