Contemporanea
Jaargang XLIII Jaar 2021 Nummer 1

Recensies

Heirbaut, Dirk, Gerkens, Jean-François, Wautelet, Patrick, Grandjean, Geoffrey, Humblet, Patrick & Cools, Marc, red., Tweehonderd jaar rechtsfaculteiten Gent en Luik / Deux-centième anniversaire des facultés de droit de Gand et Liège (Brugge : Die Keure-La Charte, 2019), V-185 p.

Maxime Jottrand, Université libre de Bruxelles – Boursier FRESH-FNRS

L’année 2017 a été l’occasion de commémorer le bicentenaire des Universités de Gand et de Liège. Dans ce cadre, les Facultés de droit de Gand et de Liège ont célébré conjointement le deux-centième anniversaire de leur inauguration. En septembre 2017, les membres des deux facultés se sont réunis durant deux journées dans la perspective de retracer aussi bien une partie de l’histoire de leur institution que de se questionner quant à son avenir, en portant une réflexion sur ses enseignements et leurs recherches. L’ouvrage Tweehonderd jaar rechtsfaculteiten Gent en Luik / Deux-centième anniversaire des facultés de droit de Gand et Liège, issu de ces festivités, regroupe les travaux présentés lors la première journée dédiée au passé des deux facultés.

L’ouvrage rassemble des contributions en français et en néerlandais et se démarque d’emblée par la volonté de mener un travail commun, interuniversitaire, de commémorations du bicentenaire de chacune des universités. En effet, c’est une entreprise commune célébrant par ce biais le lien institutionnel originel qui unissait les deux universités, à savoir la qualité d’université d’État.

L’ensemble de ce travail de commémoration et d’édition a été mené par un comité constitué de membres des deux institutions. La perspective adoptée dans ce travail est, selon ce comité, « particulière » : « C’est en effet à travers la vie et l’œuvre d’illustres personnages qui ont professé au sein de ces institutions qu’est dressé le portrait des facultés de droit de Gand et de Liège ». Conscient du « risque scientifique » qu’entraîne ce choix, celui de réduire l’histoire d’une institution à quelques individus, il estime toutefois que cela « […] permettra d’éclairer de manière originale le riche passé de nos deux institutions ».

Le livre s’ouvre d’abord sur une première partie consacrée à « une histoire générale des deux facultés ». L’historienne de l’éducation et des universités, Hilde De Ridder-Symoens, se charge de retracer les aspects les plus divers de l’organisation de l’enseignement du droit en Europe, plus particulièrement dans l’Europe du Nord, du 12e au 18e siècle. Une période qui s’étend de la redécouverte, en Occident, du droit romain à Bologne jusqu’à l’avènement de la période révolutionnaire et l’affirmation des États-nations. Ce tournant inaugure un bouleversement juridique qui s’accompagne également d’un nouveau système d’enseignement du droit. Ce vaste panorama permet de contextualiser la création des Facultés de droit de Gand et de Liège.

Deux historiques consacrés distinctement à Gand et à Liège suivent la notice de De Ridder-Symoens. Sebastiaan Vandenbogaerde s’est chargé de rédiger la partie consacrée à l’histoire de la Faculté de droit de Gand. Celle-ci avait déjà fait l’objet un excellent travail par Liesbeth Vandersteene, mais cela n’empêche pas Vandenbogaerde de livrer ici une synthèse éclairante, d’autant plus que l’étude de Vandersteene s’arrête en 1940. Contrairement à Gand, la Faculté de droit de Liège n’a pas encore fait l’objet d’une étude historique aussi approfondie, mis à part des travaux exploratoires comme celui de Patrick Wautelet. Jean-François Gerkens se livre donc à un exercice moins balisé que pour le cas gantois. L’angle adopté par l’auteur diffère légèrement également. L’histoire de la Faculté est reliée non pas à des jalons institutionnels, mais à l’activité de la transmission du droit à Liège depuis les premières traces d’activités de droit et de justice au 8e siècle. Cette approche permet à son auteur d’inscrire l’histoire de la faculté dans celle de son activité principale : l’enseignement.

« Les notices biographiques », seconde et principale partie de l’ouvrage, regroupent une quarantaine de biographies des grands professeurs gantois ou liégeois. Les personnalités mises à l’honneur ont été choisies principalement sur l’appréciation de leur contribution au droit et à « leur temps ». Sur la base de ces critères, la sélection des professeurs s’arrête forcément sur des individus qui ont déjà été étudiés et les auteurs s’appuient largement sur la littérature et les travaux existants. Ceux-ci sont parfois le fruit des recherches antérieures des auteurs eux-mêmes. Ce faisant, les contributions se révèlent parfois inégales. À noter également que compte tenu de la féminisation tardive des corps enseignants et la volonté de sélectionner des individus pour lesquels une certaine distanciation historique est possible, ce portrait est composé essentiellement d’homme.

Dans son ensemble, chacune des notices éclaire la vie et l’œuvre de personnalités importantes sans tomber dans le piège du traitement hagiographique. Chaque auteur adjoint à son texte une bibliographie laquelle, complétée par les références comprises dans les notes infrapaginales, offre au lecteur des pistes pour approfondir ses recherches. Les notices constituent donc une bonne porte d’entrée à l’étude de ces personnalités. La lecture globale permet également d’acquérir une idée de l’évolution intellectuelle des deux facultés depuis leur fondation en 1817.

En célébrant l’histoire des deux facultés à travers leurs personnalités illustres, la contribution à l’histoire institutionnelle se révèle cependant plus modeste. Malgré une introduction historique éclairante, nécessaire (car elle permet ainsi une contextualisation des notices biographiques par rapport à l’évolution des deux facultés) et pratique pour le chercheur (dans la mesure où les textes de De Ridder-Symoens, Vandenbogaerde et Gerkens fournissent également un aperçu de la littérature existante sur le sujet, le choix des personnalités repose essentiellement sur leur apport au droit et non aux facultés elles-mêmes) en tant qu’institution avec ses missions propres, dont la première est l’enseignement. Dès lors, il est peut-être regrettable de ne pas avoir saisi l’occasion du bicentenaire pour approfondir cet aspect de l’histoire des facultés. Il nous apparait également regrettable de ne pas avoir saisi l’occasion de célébrer conjointement les deux institutions sans s’attarder sur les éléments qui réunissent justement les deux institutions. Plus qu’une date commune de création, c’est par leur statut d’université d’État que les universités de Gand et Liège ont longtemps été liées. Sur cette qualité, repose un développement conjoint. Cependant, bien qu’il existe une dynamique organisationnelle commune, les facultés possèdent également des éléments distinctifs forts, par leur ancrage local notamment. Cet ancrage local se traduit dans les rapports avec un environnement culturellement, sociologiquement et économiquement distinct.

La voie prise dans Tweehonderd jaar rechtsfaculteiten Gent en Luik / Deux-centième anniversaire des facultés de droit de Gand et Liège est finalement représentative des travaux entrepris par les universités (et plus largement les institutions) dans le cadre de leur commémoration. Ce sont des moments mis à profit pour mettre en lumière l’institution par son passé ; mais plus rarement des occasions saisies pour initier de véritables études sur l’histoire de l’institution dans ses dimensions multiples et variées.

- Maxime Jottrand