{"id":1555,"date":"2025-03-25T15:56:59","date_gmt":"2025-03-25T14:56:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.contemporanea.be\/?post_type=article&#038;p=1555"},"modified":"2025-03-25T15:56:59","modified_gmt":"2025-03-25T14:56:59","slug":"une-histoire-en-marge-au-coeur-dun-colloque-lhistoire-du-lesbianisme-en-belgique","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/article\/une-histoire-en-marge-au-coeur-dun-colloque-lhistoire-du-lesbianisme-en-belgique\/","title":{"rendered":"Une histoire en marge au c\u0153ur d\u2019un colloque\u00a0: l\u2019histoire du lesbianisme en Belgique"},"content":{"rendered":"\n<section  class=\"contemporanea-section two-columns-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n\n        <div class=\"left\">\n                                        <div class=\"block-text lh-2\"><p>En f\u00e9vrier 2024, un colloque de l\u2019ULB a explor\u00e9 une th\u00e9matique peu \u00e9tudi\u00e9e parmi les historien.nes\u00a0: \u00ab\u00a0<em>I\u2019m a lesbian, <\/em>et j\u2019ai une histoire. \u00bb Pendant trois jours, des chercheuses ont discut\u00e9 de l\u2019histoire des lesbiennes, qui ont la particularit\u00e9 de former\u00a0 \u00ab une minorit\u00e9 parmi une autre minorit\u00e9. \u00bb Cette mise en valeur d\u2019une histoire peu connue dont l\u2019historiographie reste \u00e0 construire rentre pleinement dans une nouvelle approche, celle de l\u2019histoire en marge, porteuse de sens dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. Cette initiative de C\u00e9cile Vanderpelen, historienne sp\u00e9cialis\u00e9e dans le catholicisme contemporain, et de Val\u00e9rie Piette, professeure d\u2019histoire contemporaine dont les recherches portent sur le genre, la sexualit\u00e9 et l\u2019histoire des femmes, fut un succ\u00e8s. Val\u00e9rie. Piette a accept\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 nos questions sur ce sujet passionnant.<\/p>\n<\/div>\n                    <\/div>\n\n        <div class=\"spacer\"><\/div>\n\n        <div class=\"right\">\n                                        <div class=\"block-text lh-2\"><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-1540 size-full\" src=\"https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/lesbianisme1.png\" alt=\"\" width=\"1386\" height=\"422\" srcset=\"https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/lesbianisme1.png 1386w, https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/lesbianisme1-300x91.png 300w, https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/lesbianisme1-1024x312.png 1024w, https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/lesbianisme1-768x234.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1386px) 100vw, 1386px\" \/><\/p>\n<\/div>\n                    <\/div>\n\n    <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>D\u2019o\u00f9 est venue l\u2019id\u00e9e de ce colloque avec une th\u00e9matique si originale\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je crois qu\u2019il y a plusieurs choses. Il y a des choses tr\u00e8s pragmatiques\u00a0: j\u2019ai dirig\u00e9 un m\u00e9moire il y a douze ou treize ans de Mathilde Messina consacr\u00e9 aux <em>Biches sauvages, <\/em>une communaut\u00e9 lesbienne radicale \u00e0 Bruxelles dans les ann\u00e9es 1970. Il s\u2019agit donc d\u2019une histoire de la communaut\u00e9, mais aussi du lesbianisme radical des ann\u00e9es 1970, inconnue en Belgique. Elle avait postul\u00e9 au prix Delors, le prix du meilleur m\u00e9moire sur les questions LGBTQIA+ et cela avait \u00e9t\u00e9 un vrai d\u00e9bat. J\u2019\u00e9tais membre du comit\u00e9 scientifique, et elle n\u2019avait pas obtenu le prix m\u00eame si tout le monde disait que c\u2019\u00e9tait le meilleur m\u00e9moire\u2026 parce que c\u2019\u00e9tait de l\u2019histoire. Ils voulaient des m\u00e9moires qui pouvaient \u00ab\u00a0servir.\u00a0\u00bb Cela a \u00e9t\u00e9 un d\u00e9bat au sein de la communaut\u00e9 LGBTQIA+\u00a0: est-ce que \u00e7a sert de faire de l\u2019histoire\u00a0? Un d\u00e9bat qui nous renvoie nous, historiens et historiennes, \u00e0 plein de choses. Cela a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9pine \u00e0 la conscience des membres de ce comit\u00e9, et dix ans plus tard, ils ont organis\u00e9 le prix des dix ans et l\u2019ont remis \u00e0 Mathilde Messina, car ils se sont rendu compte de la qualit\u00e9 du m\u00e9moire. (\u2026) Elle avait interview\u00e9 pour son m\u00e9moire Isabelle Dargent, une des membres de cette communaut\u00e9, qui avait gard\u00e9 des archives pendant des ann\u00e9es. Elle ne voulait pas les d\u00e9poser \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e r\u00e9cemment. Une partie de ses archives a pu \u00eatre reprise par le Carhif, le centre d\u2019archives sur l\u2019histoire des femmes. S\u2019est alors pos\u00e9e la question de la m\u00e9moire et de l\u2019histoire que l\u2019on n\u2019a pas.<\/p>\n<p>L\u2019autre aspect, c\u2019est que C\u00e9cile et moi travaillons sur les questions de genre, de f\u00e9minisme, sur les questions de sexualit\u00e9, et \u00e0 un moment donn\u00e9 est venue l\u2019id\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0quid des lesbiennes dans tout cela\u00a0?\u00a0\u00bb L\u2019histoire gay est mieux connue, l\u2019histoire trans est encore \u00e0 \u00e9crire, l\u2019histoire des bisexuels aussi. (\u2026) \u00c9videmment, venant de l\u2019histoire des femmes, du f\u00e9minisme et des sexualit\u00e9s, il \u00e9tait presque naturel un jour que j\u2019arrive, en tout cas moi, \u00e0 me questionner. La rencontre de cela, du prix de Mathilde, de cette m\u00e9moire qui s\u2019en va \u2013 Ir\u00e8ne Kaufer, une militante lesbienne importante qui faisait la nuit bruxelloise comme DJ et comme artiste qui est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e il y a quelques ann\u00e9es \u2013 toute cette m\u00e9moire part et n\u2019est pas gard\u00e9e. (\u2026) Et donc, naturellement, est venue l\u2019id\u00e9e de commencer cette histoire compliqu\u00e9e, car c\u2019est une double invisibilit\u00e9\u00a0: les lesbiennes sont pr\u00e9sentes dans le mouvement n\u00e9o-f\u00e9ministe, mais en fait elles sont invisibles, car lesbiennes\u00a0; et dans le mouvement LGBT, on sait que le \u00ab\u00a0G\u00a0\u00bb a pris toute la place ou une grande partie de la place. Cette double invisibilit\u00e9 nous a titill\u00e9es en termes d\u2019historiennes, en termes de sources pour faire cette histoire. On s\u2019est lanc\u00e9es d\u2019abord dans une causerie avec des lesbiennes plus \u00e2g\u00e9es qui nous ont soutenues et qui ont tent\u00e9 de retrouver des t\u00e9moignages, des m\u00e9moires (\u2026). Pour nous, c\u2019\u00e9tait l\u2019id\u00e9e de faire des \u00ab\u00a0archives lesbiennes\u00a0\u00bb, de garder une m\u00e9moire d\u2019abord, pour le Carhif en partie, pour les lesbiennes plus \u00e2g\u00e9es (n\u00e9es avant 1973, avant le n\u00e9o-f\u00e9minisme). Et c\u2019\u00e9tait l\u2019ann\u00e9e 2023 qui \u00e9tait vis\u00e9e, on voulait toucher le septanti\u00e8me anniversaire du Centre de culture et de loisirs et du poids qu\u2019a \u00e9t\u00e9 une femme, Suzan Daniel, dans l\u2019histoire LGBT belge. On a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019abord de collecter, et en m\u00eame temps on s\u2019est dit qu\u2019il fallait absolument faire un colloque et questionner en tant qu\u2019historiennes ces questions dans l\u2019histoire. Il y a l\u2019histoire du lesbianisme qui est un peu mieux connue, et il y a l\u2019histoire des lesbiennes, o\u00f9 l\u00e0 c\u2019est une grande invisibilit\u00e9 parce que tout est fait de secrets. Comment percer le secret\u00a0? En a-t-on le droit\u00a0? Ce sont toutes des questions que tous les historiens se sont pos\u00e9es une fois dans leur vie par rapport \u00e0 leurs sources et par rapport aux individus\u00a0: peut-on le faire\u00a0? Doit-on le faire\u00a0? Comment le faire\u00a0? On s\u2019est lanc\u00e9es dans cette aventure.<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Est-ce que ce fut \u00e9vident de trouver des expert.es ? <\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas si simple. (\u2026) Il y a quelques noms \u00e0 l\u2019\u00e9tranger relativement connus \u2013 Christine Bard en France par exemple \u2013 mais on trouve plus de sociologues ou de politologues sur ces questions, et beaucoup moins d\u2019historien.nes. Mais cela a soulev\u00e9 une forme d\u2019enthousiasme. C\u2019est un des premiers colloques sur ces questions et donc c\u2019\u00e9tait enthousiasmant, il y avait du monde\u00a0! Cependant, il fallait aussi faire extr\u00eamement attention, comme toutes les questions qui touchent aujourd\u2019hui aux sexualit\u00e9s, aux mouvements sociaux, etc., pour l\u2019histoire contemporaine, \u00e0 avoir ce c\u00f4t\u00e9 experts et scientifiques acad\u00e9miques d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et le monde militant qui voulait assister au colloque. On ne parle pas de la m\u00eame voix, et il faut concilier ces voix, je crois, et voir comment sans perdre chacun.e notre sp\u00e9cificit\u00e9 et notre expertise. C\u2019\u00e9tait un pari un peu fou. La liste de d\u00e9part qu\u2019on avait \u00e9tait int\u00e9ressante, on a eu pas mal d\u2019appels de l\u2019\u00e9tranger, des personnes sont venues de France par exemple apr\u00e8s avoir vu l\u2019annonce. C\u2019\u00e9tait int\u00e9ressant.<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Donc, cela a \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, un vrai succ\u00e8s. On a eu des demandes sur plein de choses. On a mis en avant des lesbiennes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es et peu connues. Ir\u00e8ne Kaufer, Bisou, Isabelle Dargent. C\u2019\u00e9tait assez \u00e9vident. Mais il y en a eu d\u2019autres. C\u00e9cile, ma coll\u00e8gue, a travaill\u00e9 sur l\u2019histoire de la figure litt\u00e9raire de Fran\u00e7oise Mallet-Joris, qui a \u00e9t\u00e9 <em>la <\/em>figure litt\u00e9raire belge et la compagne de Marie-Paule Belle. On disait parfois qu\u2019elle \u00e9tait lesbienne, mais ce n\u2019\u00e9tait pas revendiqu\u00e9 en tant que tel. Elle a retrouv\u00e9, gr\u00e2ce au Mus\u00e9e de la litt\u00e9rature avec lequel on a pas mal travaill\u00e9, des archives fascinantes et inconnues (\u2026). Il y a eu cet aspect-l\u00e0, et moi j\u2019ai travaill\u00e9 plus sur une figure que je trouve passionnante\u00a0: \u00c9liane Morissens. On a beaucoup parl\u00e9 de l\u2019affaire Vincineau. L\u2019affaire Morissens est passionnante, c\u2019est un peu le pendant lesbien, puisqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, elle passe dans une \u00e9mission de la RTB d\u00e9voil\u00e9e, c\u2019est une premi\u00e8re \u00e9mission sur les lesbiennes en Belgique. Elle se revendique\u00a0lesbienne, elle le dit, elle l\u2019affirme. Il s\u2019av\u00e8re qu\u2019elle est enseignante dans une \u00e9cole dans le Hainaut, elle dit aussi qu\u2019elle a postul\u00e9 \u00e0 la direction de l\u2019\u00e9cole et qu\u2019on lui a dit que, puisqu\u2019elle \u00e9tait lesbienne, elle ne pouvait pas \u00eatre directrice. Le lendemain de l\u2019\u00e9mission, elle est mise sur le c\u00f4t\u00e9, elle est vir\u00e9e. Elle va, toute sa vie, se battre\u00a0: elle fait une gr\u00e8ve de la faim, elle va \u00e0 l\u2019Europe, elle fait des appels. On parle beaucoup de double et triple identit\u00e9\u00a0: qu\u2019est-ce qu\u2019on est\u00a0? On ne met jamais les lesbiennes en avant. Quelques fois dans les notices biographiques, on voit une petite r\u00e9f\u00e9rence sur le fait qu\u2019une femme est lesbienne, comme si ce n\u2019\u00e9tait pas important. Une fois qu\u2019on fait le tour, on se rend compte qu\u2019il y en a \u00e9norm\u00e9ment (dans les milieux artistique, sportif, politique, etc.), mais beaucoup cach\u00e9es. C\u2019est aussi int\u00e9ressant\u00a0: doit-on le dire ou pas\u00a0? Ce sont des questions passionnantes, y compris pour des femmes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es. \u00c9liane Morissens est peut-\u00eatre la seule o\u00f9 l\u2019identit\u00e9 premi\u00e8re est son lesbianisme, et \u00e0 avoir mis sur la table la question du lesbianisme au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Cela a fait bouger le politique. (\u2026) Ce colloque est donc un momentum, une r\u00e9alisatrice pr\u00e9sente dans la salle m\u2019a par la suite envoy\u00e9 un courrier en me disant qu\u2019elle veut faire l\u2019histoire de l\u2019histoire d\u2019\u00c9liane Morissens et voir comment une historienne d\u2019aujourd\u2019hui peut rendre hommage en faisant l\u2019histoire, en rendant visible cette femme. C\u2019est un exemple parmi d\u2019autres, mais cela a ouvert plein de portes. (\u2026) C\u2019est l\u2019occasion d\u2019ouvrir les voies et de faire comprendre au public et aux associations LGBTQIA+ et \u00e0 d\u2019autres types de mouvements sociaux aujourd\u2019hui \u00e0 quel point leurs archives sont essentielles pour les historiens de demain. Et ce n\u2019est pas gagn\u00e9\u2026 (\u2026).<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Parlons de la d\u00e9marche maintenant. Les lesbiennes sont multiplement sous-repr\u00e9sent\u00e9es dans la communaut\u00e9 LGTBQIA+. Quels sont les d\u00e9fis pour l\u2019historien.ne qui veut se lancer dans cette histoire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019acc\u00e8s aux archives, pour la plupart inexistantes. Il faut donc cr\u00e9er ses propres archives, on est souvent dans l\u2019histoire orale, mais donc uniquement pour une partie du XXe si\u00e8cle. Cr\u00e9er ses propres sources donc, c\u2019est toute la question de l\u2019histoire orale qui va naitre plus ou moins au m\u00eame moment que l\u2019histoire des femmes. Et ce n\u2019est pas anodin.<\/p>\n<p>Une fois qu\u2019on a trouv\u00e9 les sources, il faut que les gens acceptent de parler, ce qui n\u2019est pas gagn\u00e9, donc on a eu des d\u00e9bats assez passionnants\u00a0: faut-il \u00eatre lesbienne pour faire l\u2019histoire des lesbiennes\u00a0? Faut-il \u00eatre h\u00e9t\u00e9ro pour faire l\u2019histoire des h\u00e9t\u00e9ros\u00a0? En fait, faut-il \u00eatre fasciste pour faire l\u2019histoire du fascisme\u00a0? Je dis cela parce que je pense qu\u2019il faut renvoyer la balle, car on est toujours questionn\u00e9.es sur ces questions-l\u00e0. Faut-il avoir \u00e9t\u00e9 au Congo pour faire l\u2019histoire coloniale\u00a0? Ce sont des questions que j\u2019ai avec mes \u00e9tudiants. \u00c7a parait simple d\u2019y r\u00e9pondre quand on est historien.ne, mais quand ils sont face \u00e0 vous, ce n\u2019est pas si facile. Il faut savoir discuter longtemps. Mais c\u2019est passionnant. Il y avait \u00e9videmment des lesbiennes dans le comit\u00e9 qui a port\u00e9 le projet, mais aussi des h\u00e9t\u00e9ros. Ce sont des questions qu\u2019il faut se poser pour interviewer quelqu\u2019un, que la personne accepte de parler, parce qu\u2019on touche \u00e0 l\u2019intimit\u00e9. Mais qu\u2019est-ce que le lesbianisme\u00a0? Comment se d\u00e9finissent ou pas ces femmes\u00a0? Lesbiennes, gouines, homosexuelles, des femmes qui aiment les femmes, avoir au moins eu quelques relations lesbiennes dans sa vie ou pas, etc. Toutes ces questions de m\u00e9thodologie ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es.<\/p>\n<p>Un des d\u00e9fis essentiels est de montrer que c\u2019est une histoire fascinante et essentielle. Faire preuve d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9, face au fameux secret, car c\u2019est une histoire de non-trace, de secret, d\u2019intimit\u00e9, de non-dit, de codes. Comment d\u00e9busquer ces codes\u00a0? Comment faire parler le secret, le non-dit, le silence\u00a0? Ces fameuses femmes qui vivaient, y compris au XIXe si\u00e8cle, entre elles, \u00ab\u00a0entre amies\u00a0\u00bb, que l\u2019on retrouve dans les registres de population ou ailleurs, etc., et dont on disait que c\u2019\u00e9taient des amies qui vivaient ensemble\u00a0? Maintenant, doit-on g\u00e9n\u00e9raliser\u00a0? Toutes les femmes qui vivaient ensemble sont-elles des lesbiennes\u00a0? C\u2019est difficile \u00e0 percer. Il y a des cas de figures de lesbiennes extr\u00eamement connues en Belgique qui ont brul\u00e9 leurs archives, car elles ne voulaient pas que \u00e7a se sache. Comment faire face \u00e0 ce tabou terrible sur l\u2019homosexualit\u00e9\u00a0? Et puis, un des soucis que nous avons, \u00e0 part pour l\u2019affaire Morissens, l\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 criminalis\u00e9e en Belgique. Je dis que c\u2019est \u00ab\u00a0un drame pour les historiens\u00a0\u00bb, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019autres pays, o\u00f9 l\u2019on a des proc\u00e8s d\u2019archives. Je ne dis pas qu\u2019elles n\u2019ont pas eu de soucis, puisqu\u2019elles se cachaient, il y a eu des descentes de police dans des caf\u00e9s ou bars lesbiens encore dans les ann\u00e9es 1960-1970-1980, certaines ont \u00e9t\u00e9 poursuives pour des affaires des m\u0153urs. Mais ce sont des registres de police et ces sources ne sont pas ou peu gard\u00e9es, et c\u2019est donc chercher une \u00e9pingle. Tandis que quand il y avait des proc\u00e8s en assises ailleurs, on retrouve ces proc\u00e8s qui sont un d\u00e9but passionnant pour faire l\u2019histoire des lesbiennes. Il y a l\u2019histoire litt\u00e9raire aussi\u00a0: Fran\u00e7oise Mallet-Joris est un cas fascinant. Elle laisse une correspondance qui n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 vue. Mais est-ce qu\u2019on peut, \u00e0 partir de romans, extrapoler\u00a0? Au cours de ma carri\u00e8re, j\u2019ai travaill\u00e9 sur les domestiques, sur le travail des femmes, sur l\u2019histoire coloniale, sur l\u2019histoire des sexualit\u00e9s. Tous ces sujets posent des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques que je retrouve aujourd\u2019hui sur l\u2019histoire des lesbiennes.<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section two-columns-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n\n        <div class=\"left\">\n                                        <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Quels sont les grands axes de recherches pr\u00e9sent\u00e9s dans le cadre du colloque\u00a0? Comment s\u2019articule l\u2019histoire du lesbianisme\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi faire l\u2019histoire du lesbianisme\u00a0? Le remettre dans un contexte sociopolitique d\u2019apr\u00e8s les ann\u00e9es 1950 et certainement \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, et en m\u00eame temps ne pas oublier le XIXe si\u00e8cle et de l\u00e0, comment d\u00e9nicher, comment faire cette histoire\u00a0? Il y avait cet axe m\u00e9thodologique\u00a0: la question du secret, la question des personnalit\u00e9s \u2013 faire l\u2019histoire du lesbianisme par la biographie d\u2019une certaine mani\u00e8re \u2013 avec ces figures comme Morissens, Fran\u00e7oise Mallet-Joris et comme d\u2019autres. Il y avait aussi l\u2019axe visant \u00e0 pr\u00e9server les archives, et donc l\u00e0 travailler avec des archivistes \u2013 il y avait des archivistes de Bruxelles, les archives Suzan Daniel \u00e0 Gand, les archives du Carhif \u2013 mais aussi des mouvements militants, et d\u2019essayer de questionner l\u2019importance de ces archives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Dans l\u2019historiographie, existe-t-il d\u00e9j\u00e0 des ouvrages ou des recherches de r\u00e9f\u00e9rence en Belgique sur cette histoire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Peu. On les cite toujours dans des histoires plus globales, comme l\u2019affaire Morissens. Dans l\u2019histoire du f\u00e9minisme, il y a toujours quelques lignes ou quelques pages, mais c\u2019est tr\u00e8s limit\u00e9. Dans le dictionnaire sur l\u2019histoire des femmes, il n\u2019y a pas d\u2019entr\u00e9e \u00ab\u00a0lesbienne.\u00a0\u00bb En histoire de la sexualit\u00e9, on a fort peu de choses en Belgique. On a plus travaill\u00e9 sur l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 ou le mouvement homosexuel des hommes (l\u00e0, on a des choses). On peut toujours travailler en miroir, mais c\u2019est difficile. (\u2026) Il y a tr\u00e8s peu de bases, m\u00eame la presse ne nous aide pas, et on arrive \u00e0 une histoire qui elle commence \u00e0 \u00eatre connue\u00a0: l\u2019histoire militante des lesbiennes. Mais est-ce que c\u2019est l\u2019histoire des lesbiennes\u00a0? Ce n\u2019en est qu\u2019une partie, ce n\u2019est sans doute pas l\u2019histoire des lesbiennes qui se cachent, se taisent, qui sont nombreuses, mais qu\u2019il faut d\u00e9busquer.<\/p>\n<\/div>\n                    <\/div>\n\n        <div class=\"spacer\"><\/div>\n\n        <div class=\"right\">\n                                        <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Est-ce que l\u2019on pourrait faire une sorte de chronologie pour l\u2019\u00e9poque contemporaine de cette histoire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>On essaie, mais c\u2019est une histoire politique du coup, et moins individuelle de fait. Oui, il y a des dates comme l\u2019affaire Morissens ou l\u2019article 372<em>bis<\/em>. Il y a des jalons dans l\u2019histoire des lesbiennes, bien s\u00fbr. Il y a des mod\u00e8les aussi. Une anecdote\u00a0: toutes les lesbiennes interview\u00e9es ont des mod\u00e8les. L\u2019identification est int\u00e9ressante, ce qu\u2019on ne pose jamais pour les h\u00e9t\u00e9ros alors que l\u00e0 aussi, l\u2019identification est int\u00e9ressante. Une figure pour la tranche des 55+ans est Martina Navratilova, dans l\u2019histoire du sport. On a questionn\u00e9 aussi l\u2019histoire du sport. Par exemple, \u00e0 Bruxelles, le BGS (<em>Brussels Gay Sport<\/em>) est une association avec huit-mille personnes, la plus grosse association LGBT de Belgique. Toute la question sportive, la question de l\u2019entre-soi ou pas, la non-mixit\u00e9 sexuelle ou sexu\u00e9e, tout cela a \u00e9t\u00e9 questionn\u00e9. Oui, la chronologie se fait avec des moments cl\u00e9s. (\u2026)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Peut-on rapprocher cette histoire d\u2019autres formes d\u2019histoire marginale\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. On a parl\u00e9 d\u2019intersectionnalit\u00e9\u00a0: l\u2019histoire trans est \u00e0 faire, l\u2019histoire de l\u2019immigration, des migrantes, tout ce qui touche \u00e0 nos diff\u00e9rentes identit\u00e9s. Je crois que cela fait partie de l\u2019histoire des minorit\u00e9s\u2026 qui sont en fait majoritaires. Toutes ces histoires peu connues. Celle des femmes\u00a0? Est-ce que l\u2019histoire des femmes a sa place aujourd\u2019hui\u00a0? Tout n\u2019est pas compl\u00e8tement acquis non plus, m\u00eame dans le monde acad\u00e9mique\u00a0! En termes historiques \u00e9galement.<\/p>\n<\/div>\n                    <\/div>\n\n    <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Ces militantes, comme d\u2019autres, ont leur r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9. En quoi l\u2019histoire peut-elle les aider dans leur d\u00e9marche\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Moi, je crois que l\u2019histoire peut les aider m\u00eame si je sais qu\u2019on n\u2019est pas tous d\u2019accord sur la question. Je crois, et c\u2019est aussi comme cela que j\u2019ai essay\u00e9 de vendre le colloque, qu\u2019avoir une histoire est fondamental. Je m\u2019en rends compte de plus en plus pour l\u2019histoire de toutes les minorit\u00e9s. Savoir qu\u2019il y en a eu d\u2019autres que nous, ne pas repartir de z\u00e9ro. Je crois qu\u2019il est essentiel d\u2019avoir des mod\u00e8les. S\u0153ur sourire est-elle un mod\u00e8le\u00a0? C\u2019est une histoire qui finit mal.\u00a0Ne pourrait-on pas avoir de mod\u00e8le plus positif pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations\u00a0? On peut partir sur le nom des rues, les statues, l\u2019espace public, je crois qu\u2019il y a des mod\u00e8les qu\u2019il faut rechercher dans l\u2019histoire, car l\u2019histoire n\u2019a pas gard\u00e9 de trace. Voil\u00e0 pourquoi Vincineau est beaucoup plus connu que Morissens, alors qu\u2019ils.elles ont marqu\u00e9 ces ann\u00e9es 1980, et toutes ces questions de minorit\u00e9s sexuelles, et puis de SIDA, et puis le mariage, etc. Oui, je suis persuad\u00e9e qu\u2019un mouvement quel qu\u2019il soit aujourd\u2019hui sans histoire est un mouvement \u00ab\u00a0mort.\u00a0\u00bb (\u2026) Et notre soci\u00e9t\u00e9 a besoin d\u2019histoire, peut-\u00eatre plus que de m\u00e9moire. Alors, ici, je sais que c\u2019est entre les deux, mais je crois que l\u2019histoire de l\u2019homosexualit\u00e9, des minorit\u00e9s sexuelles, doit \u00eatre pr\u00e9sente dans les \u00e9coles secondaires, comme je le crois pour l\u2019histoire de la colonisation et des migrations. Ce n\u2019est pas encore gagn\u00e9 non plus, mais \u00e7a \u00e9viterait des ennuis dans notre soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. Oui, je pense que l\u2019histoire peut servir, mais qu\u2019elle doit garder son aspect acad\u00e9mique et scientifique. C\u2019est pourquoi je parle toujours de faire attention et dans tous mes cours et au colloque, de ce qui est de l\u2019histoire et de ce qui ne l\u2019est pas, tenter de faire cette fronti\u00e8re parfois difficile \u00e0 faire. Je crois que c\u2019est important.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Vous avez parl\u00e9 d\u2019une histoire du lesbianisme faite par les lesbiennes. Est-ce possible\u00a0? Y a-t-il des avantages ou des inconv\u00e9nients\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Disons que c\u2019est une question qu\u2019on pose toujours aux lesbiennes ou aux gays. J\u2019ai fait de l\u2019histoire de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 avec d\u2019autres et on ne m\u2019a jamais pos\u00e9 la question de savoir si j\u2019\u00e9tais h\u00e9t\u00e9ro ou pas. Donc, c\u2019est une question qui m\u2019emb\u00eate. Ce sont des questions qu\u2019on pose toujours pour des minorit\u00e9s, alors que je pense que tout historien s\u2019il veut \u00eatre vraiment objectif avec lui-m\u00eame, ne travaille jamais sur un sujet par hasard. La question est de savoir pourquoi. En posant cette question-l\u00e0, alors je crois qu\u2019on peut \u00eatre le plus objectif possible. Je crois que pour tout ce qui est de la norme dans la soci\u00e9t\u00e9, les historiens ne se posent pas ces questions. On reproche toujours aux minorit\u00e9s cela. Par exemple, on a reproch\u00e9 \u00e0 Jos\u00e9 Gotovitch d\u2019\u00eatre un communiste qui travaille sur le communisme. Oui, pourtant sa th\u00e8se a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des meilleures qui soient. Donc, je crois que \u00e7a s\u2019est toujours pos\u00e9 et un peu m\u00e9pris\u00e9 par cette ad\u00e9quation entre le th\u00e8me et l\u2019individu. Je suis plusieurs identit\u00e9s, et je suis une historienne, avec une discipline, avec une m\u00e9thode. Je suis aussi une femme qui a travaill\u00e9 sur le f\u00e9minisme, mais j\u2019ai aussi travaill\u00e9 sur la colonisation alors que je n\u2019ai aucun lien avec le Congo\u2026 Dans ce cas, on peut me reprocher que je ne sois pas noire\u00a0! Je trouve que \u00e7a questionne. Si c\u2019est se questionner sur nos rapports \u00e0 nos th\u00e9matiques de recherche, je trouve cela passionnant. (\u2026)<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Quels conseils donneriez-vous \u00e0 un.e historien.ne qui se lance dans une histoire similaire ?<\/strong><\/p>\n<p>De ne pas trop se poser de questions au d\u00e9part. Lire beaucoup, questionner son rapport \u00e0 son objet de recherche. De prendre le plus de recul par rapport \u00e0 son objet de recherche, de le questionner. D\u2019inventer des sources, de les construire, d\u2019ouvrir toutes les portes, et de pouvoir travailler sur des sources de natures extr\u00eamement diff\u00e9rentes. C\u2019est cela qui est fascinant, mais difficile. Je crois que ce sont des histoires magnifiques quand elles sont r\u00e9ussies, parce qu\u2019il faut pouvoir, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019autres th\u00e9matiques, questionner, utiliser des sources tr\u00e8s diff\u00e9rentes, mais aussi les questionner intelligemment et pouvoir varier cet \u00e9ventail de sources. Je leur dirais de s\u2019accrocher aussi, car quelques fois il y a des sourires ou des remarques dans la communaut\u00e9 historienne ou universitaire. Mais en m\u00eame temps, je crois que l\u2019histoire a besoin de ce type d\u2019histoire. Je crois que c\u2019est amener la pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice de l\u2019histoire contemporaine.<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section two-columns-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n\n        <div class=\"left\">\n                                <\/div>\n\n        <div class=\"spacer\"><\/div>\n\n        <div class=\"right\">\n                                <\/div>\n\n    <\/div>\n<\/section>","protected":false},"author":13,"featured_media":1541,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"class_list":["post-1555","article","type-article","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1555\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1556,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1555\/revisions\/1556"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1541"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}