{"id":1769,"date":"2025-03-25T15:56:35","date_gmt":"2025-03-25T14:56:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.contemporanea.be\/?post_type=article&#038;p=1769"},"modified":"2025-03-25T15:56:35","modified_gmt":"2025-03-25T14:56:35","slug":"paul-aron-les-poetes-de-metier-une-breve-histoire-des-metromanies-professionnelles-bruxelles-editions-de-luniversite-de-bruxelles-coll-litteratures-2024","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/article\/paul-aron-les-poetes-de-metier-une-breve-histoire-des-metromanies-professionnelles-bruxelles-editions-de-luniversite-de-bruxelles-coll-litteratures-2024\/","title":{"rendered":"Paul Aron, Les po\u00e8tes de m\u00e9tier. Une br\u00e8ve histoire des m\u00e9tromanies professionnelles, Bruxelles, Editions de l\u2019Universit\u00e9 de Bruxelles, coll. Litt\u00e9rature(s), 2024"},"content":{"rendered":"\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p>Les vers jalonnent la presse, qu\u2019elle soit professionnelle, militante, adress\u00e9e \u00e0 une cat\u00e9gorie sociale (les femmes par exemple) ou encore d\u2019opinion. Les historiens et historiennes ne s\u2019attardent en g\u00e9n\u00e9ral pas sur ces morceaux de po\u00e9sie qui semblent seulement garnir les pages ou \u00eatre des faveurs accord\u00e9es \u00e0 des amateurs ou amatrices \u00e0 qui on offre l\u2019occasion de publier le r\u00e9sultat de leur passe-temps. Les chercheurs et chercheuses en litt\u00e9rature ne se penchent pas non plus sur cette po\u00e9sie d\u00e9daign\u00e9e, qualifi\u00e9e volontiers de mirliton. Le livre de Paul Aron montre qu\u2019ils et elles ont tort\u00a0: ces textes sont des sources tr\u00e8s pr\u00e9cieuses sur les m\u00e9tiers et leurs praticien\u00b7nes mais aussi sur les usages de la litt\u00e9rature, laquelle ne se limite pas aux \u0153uvres reconnues selon les crit\u00e8res du canon. Ils sont une pratique culturelle extr\u00eamement r\u00e9pandue \u2013 de plus en plus avec la massification de l\u2019enseignement et de la presse \u00e0 partir du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2013 qui, pour cette raison seule, m\u00e9rite que l\u2019on s\u2019y int\u00e9resse.<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section text-and-image \">\n    <div class=\"contemporanea-container text-left\">\n        <div class=\"content-container\">\n                                        <div class=\"block-text lh-2\">\n                    <p>Le corpus rassembl\u00e9 concerne exclusivement les vers produits en relation avec un m\u00e9tier et par ceux qui l\u2019exercent. Parmi la pl\u00e9thore de m\u00e9tiers qui ont inspir\u00e9 la muse, Paul Aron a choisi de privil\u00e9gier\u00a0: les enseignants (les \u00ab\u00a0grammairiens m\u00e9tronomes\u00a0\u00bb), les professionnels de la sant\u00e9 (m\u00e9decins, apothicaires et juristes), les ouvriers manuels\u00a0(artisans, cheminots, mineurs, coiffeurs, paysans) et les gendarmes et militaires. Cette s\u00e9lection, qui n\u2019a pas pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9, offre l\u2019avantage de couvrir une gamme assez large de m\u00e9tiers allant du plus bas au plus haut sur l\u2019\u00e9chelle de la valeur sociale. Et, justement, l\u2019int\u00e9r\u00eat des textes exhum\u00e9s permet d\u2019affiner la connaissance des m\u00e9canismes d\u2019attribution de cette valeur. Il est ainsi possible de dresser une typologie plus fine qu\u2019une simple distinction selon les capitaux \u00e9conomiques, sociaux et culturels en fonction des classes sociales. Par exemple, le m\u00e9tier de cheminot jouit-il d\u2019une image sociale nettement sup\u00e9rieure \u00e0 celle d\u2019autres professions ouvri\u00e8res.\u00a0\u00ab\u00a0Trains et po\u00e9sies ont partie li\u00e9e depuis longtemps. Il faut rappeler que l\u2019inauguration des premi\u00e8res lignes de chemin de fer s\u2019\u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e sous les auspices de commandes d\u2019\u0153uvre d\u2019art. [\u2026] Accompagnant l\u2019expansion du r\u00e9seau, de nombreux \u00e9crivains ont chant\u00e9 le train, voire r\u00e9dig\u00e9 des \u2018publi-reportages\u2019 avant la lettre (173-174)\u00a0\u00bb. Dans ce contexte, les \u0153uvres de cheminots peuvent avoir moins de difficult\u00e9s \u00e0 se frayer un passage vers une certaine reconnaissance (concr\u00e9tis\u00e9e par la publication d\u2019anthologies et la cr\u00e9ation de prix litt\u00e9raires).<\/p>\n                <\/div>\n                    <\/div>\n\n                    <div id=\"text-and-image-1\" class=\"image-container auto-height\">\n                <div class=\"internals\">\n                    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"665\" height=\"1000\" src=\"https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/74530100203270L.jpg\" class=\"full-height\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/74530100203270L.jpg 665w, https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/74530100203270L-200x300.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 665px) 100vw, 665px\" \/>\n                                            <div class=\"badge\" style=\"background-color:var(--clr-dark-blue);\"><\/div>\n                                    <\/div>\n\n                                    <div class=\"caption\">\n                        Paul ARON, Les po\u00e8tes de m\u00e9tier. Une br\u00e8ve histoire des m\u00e9tromanies professionnelles, Bruxelles, Editions de l\u2019Universit\u00e9 de Bruxelles, coll. Litt\u00e9rature(s), 2024                    <\/div>\n                \n            <\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p>En fonction des traditions professionnelles mais avec certaines constantes transversales \u00e0 toutes, les vers de m\u00e9tier ont des usages vari\u00e9s qui d\u00e9passent largement le divertissement de leurs auteurs, m\u00eame si certains se complaisent exclusivement aux jeux de la virtuosit\u00e9 technique d\u2019une \u00e9criture contrainte (la transposition de textes juridiques par exemple). Les premiers usages sont internes, en quelque sorte, \u00e0 la profession. Dans ce cas, les vers sont des outils de m\u00e9morisation (des r\u00e8gles de grammaire), de didactique (bonnes pratiques en m\u00e9decines, techniques militaires, lois scientifiques), de joute id\u00e9ologico-politique (entre \u00e9coles m\u00e9dicales), d\u2019amplification de discours de circonstance (lors de c\u00e9l\u00e9brations, de comm\u00e9morations ou d\u2019hommages fun\u00e9raires) ou encore de renforcement de l\u2019identit\u00e9 sociale (un entre-soi exalt\u00e9 par le r\u00e9cit d\u2019exp\u00e9riences analogues). Dans le cas des ouvriers, par exemple, les po\u00e8mes sont li\u00e9s \u00e0 la tradition de la chanson\u00a0et \u00e9pousent les m\u00eames vertus\u00a0: faciles \u00e0 retenir, ils peuvent avoir un effet d\u2019entra\u00eenement utile pour construire et entretenir les sociabilit\u00e9s. Les deuxi\u00e8mes types d\u2019usages sont davantage externes \u00e0 la profession. Ici, les textes s\u2019adressent \u00e0 un plus large public (m\u00eame si ce dernier est fantasm\u00e9). Les po\u00e8tes expriment la distinction cultiv\u00e9e\u00a0qui les caract\u00e9rise (il s\u2019agit de \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e9brer l\u2019ethos professionnel\u00a0\u00bb) ou font la publicit\u00e9 de leur art (capillaire, m\u00e9dical) ou de leurs produits (les rem\u00e8des, les lotions, les m\u00e9dicaments). Ces textes servent aussi de t\u00e9moignages et d\u00e9peignent la r\u00e9alit\u00e9 du m\u00e9tier\u00a0: la p\u00e9nibilit\u00e9 du labeur ressenti par le corps des ouvriers, une certaine esth\u00e9tique du quotidien rural (le travail agricole) et les outils (mani\u00e9s avec dext\u00e9rit\u00e9s par les artisans et les mineurs) ou encore les d\u00e9ceptions engendr\u00e9es par la d\u00e9classification chez les pharmaciens. La lecture de ces textes offre ainsi une plong\u00e9e particuli\u00e8rement riche dans la mat\u00e9rialit\u00e9 des m\u00e9tiers dont ils font revivre tout un r\u00e9pertoire technique oubli\u00e9. Enfin, ces vers servent \u00e9galement \u00e0 la traduction po\u00e9tique de luttes sociales. Ils puisent ici encore dans la tradition de la chanson les mots et le rythme pour crier la col\u00e8re, l\u2019injustice et l\u2019aspiration \u00e0 la r\u00e9volution. Dans un autre registre, celui de la gendarmerie et de l\u2019arm\u00e9e, ils sont utilis\u00e9s au contraire pour faire l\u2019\u00e9loge d\u2019un corps de m\u00e9tier au service d\u2019une grande cause (la nation, la patrie, l\u2019arm\u00e9e).<\/p>\n<p>On ressort de la lecture des <em>Po\u00e8tes de m\u00e9tier<\/em> avec le d\u00e9sir titill\u00e9 d\u2019explorer des textes qu\u2019on avait toujours d\u00e9daign\u00e9. On se pla\u00eet \u00e0 r\u00eaver \u00e0 de nouvelles perspectives pour faire entendre la voix des oubli\u00e9\u00b7es. Et si les po\u00e8mes qui semblaient si ennuyeux r\u00e9dig\u00e9s par les femmes au foyer \u00e9taient plus int\u00e9ressants qu\u2019il n\u2019y parait\u00a0? Et si les denteli\u00e8res, les couturi\u00e8res, les cafetiers et cafeti\u00e8res, les bouchers et bouch\u00e8res, les \u00e9piciers et \u00e9pici\u00e8res, les garagistes, les\u2026 avaient eux et elles aussi taquin\u00e9 la muse\u00a0? Comme le montre Paul Aron, cette derni\u00e8re peut en outre se montrer bien farceuse ou farfelue et elle inspire alors des strophes qu\u2019on lit avec un vrai plaisir. Parmi mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, celles du coiffeur Olvier Rolland\u00a0:<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section text-and-image \">\n    <div class=\"contemporanea-container text-left\">\n        <div class=\"content-container\">\n                                        <div class=\"block-text lh-2\">\n                    <blockquote><p>\u00ab\u00a0Si vous nommez artiste un grand peintre, un sculpteur,<br \/>\nJe veux aussi nommer artiste\u2026 le coiffeur.<br \/>\nArtiste, direz-vous, oh\u00a0! Je vous vois bien rire\u00a0;<\/p>\n<p>M\u2019accuser de folie, ou du moins de d\u00e9lire.<br \/>\nEh bien\u00a0! permettez-moi, vous tous qui m\u2019\u00e9coutez,<br \/>\nDe prouver de cet art les titres contest\u00e9s,<br \/>\nEt comment il se peut qu\u2019un homme, avec un peigne,<br \/>\nPuisse par son g\u00e9nie embellir tout un r\u00e8gne. \u00bb (1853, cit\u00e9 page 168)<\/p><\/blockquote>\n                <\/div>\n                    <\/div>\n\n            <\/div>\n<\/section>","protected":false},"author":13,"featured_media":1770,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"class_list":["post-1769","article","type-article","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1769","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1769\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1841,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1769\/revisions\/1841"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1770"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1769"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}