{"id":2267,"date":"2025-10-15T14:40:50","date_gmt":"2025-10-15T12:40:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.contemporanea.be\/article\/vers-la-decolonisation-de-lespace-public-en-region-de-bruxelles-capitale-un-projet-ambitieux-qui-porte-ses-fruits\/"},"modified":"2025-10-15T14:50:30","modified_gmt":"2025-10-15T12:50:30","slug":"vers-la-decolonisation-de-lespace-public-en-region-de-bruxelles-capitale-un-projet-ambitieux-qui-porte-ses-fruits","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/article\/vers-la-decolonisation-de-lespace-public-en-region-de-bruxelles-capitale-un-projet-ambitieux-qui-porte-ses-fruits\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Vers la d\u00e9colonisation de l\u2019espace public en R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale\u00a0\u00bb\u00a0: un projet ambitieux qui porte ses fruits"},"content":{"rendered":"\n<section  class=\"contemporanea-section text-and-image \">\n    <div class=\"contemporanea-container text-left\">\n        <div class=\"content-container\">\n                                        <div class=\"block-text lh-2\">\n                    <p><strong>Bonjour Romain. Vous \u00eates donc coordinateur du Projet <em>Vers la d\u00e9colonisation de l\u2019espace public en R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale.\u00a0<\/em> Pourriez-vous d\u00e9finir ce qu\u2019on entend par d\u00e9colonisation\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, le grand public comprend la d\u00e9colonisation comme une p\u00e9riode historique\u00a0: pour la Belgique, ce serait ce mouvement qui se d\u00e9roule entre la Seconde Guerre mondiale et 1965-1970. Dans les pays hispanophones ou lusophones, on a plut\u00f4t une compr\u00e9hension de la d\u00e9colonisation qui est plus ancienne, car la colonisation a commenc\u00e9 plus t\u00f4t. Il y a donc d\u00e9j\u00e0 potentiellement des compr\u00e9hensions diff\u00e9rentes en fonction d\u2019o\u00f9 on se trouve en Europe ou dans le monde.<\/p>\n<p>Puis, avec diff\u00e9rents courants de pens\u00e9e, en particulier le <em>postcolonialism<\/em> d\u00e9velopp\u00e9 autour des ann\u00e9es\u00a01970 notamment par Edward\u00a0Sa\u00efd, on commence \u00e0 questionner la compr\u00e9hension que l\u2019on a de la colonisation et de la d\u00e9colonisation. E.\u00a0Sa\u00efd et d\u2019autres th\u00e9oricien\u00b7nes l\u2019\u00e9tudient surtout du point de vue culturel\u00a0: pour eux, on continue \u00e0 constater, au niveau culturel, une domination occidentale dans la compr\u00e9hension de la colonisation et de ses cons\u00e9quences. Petit \u00e0 petit, dans les mondes indien et latino-am\u00e9ricain, on comprend que la lecture du postcolonialisme ne va pas assez loin. Certains chercheurs ajoutent une couche suppl\u00e9mentaire\u00a0: ce n\u2019est pas que culturel, mais aussi politique et \u00e9conomique. Ils instaurent ce qu\u2019on appelle le courant d\u00e9colonial qui remet en question tous les rapports de pouvoirs qui subsistent depuis la d\u00e9colonisation. Et c\u2019est dans cet esprit-l\u00e0 qu\u2019on comprend d\u00e9sormais la d\u00e9colonisation au sens large et en particulier la d\u00e9colonisation de l\u2019espace public\u00a0: comment peut-on questionner les rapports de pouvoir coloniaux permanents dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine\u00a0? Et comment peut-on, \u00e0 travers des espaces concrets de l\u2019espace public, d\u00e9construire ou questionner ces rapports de pouvoir\u00a0? C\u2019est l\u2019id\u00e9e de notre travail. Ce n\u2019est pas juste d\u2019identifier tout ce qui est colonial dans l\u2019espace public, prendre un marteau-piqueur et les d\u00e9truire. C\u2019est d\u2019utiliser cet espace pour faire prendre conscience de ces rapports de pouvoir persistants.<\/p>\n                <\/div>\n                    <\/div>\n\n                    <div id=\"text-and-image-1\" class=\"image-container auto-height\">\n                <div class=\"internals\">\n                    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"258\" height=\"346\" src=\"https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/generalstorms.jpg\" class=\"full-height\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/generalstorms.jpg 258w, https:\/\/www.contemporanea.be\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/generalstorms-224x300.jpg 224w\" sizes=\"auto, (max-width: 258px) 100vw, 258px\" \/>\n                                            <div class=\"badge\" style=\"background-color:var(--clr-dark-blue);\"><\/div>\n                                    <\/div>\n\n                                    <div class=\"caption\">\n                        Monument Lt g\u00e9n\u00e9ral Storms (Ixelles, ao\u00fbt 2020 &#8211; https:\/\/urban.brussels\/fr\/news\/vers-la-decolonisation-de-l-espace-public-en-region-de-bruxelles-capitale)                    <\/div>\n                \n            <\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Et concr\u00e8tement, quels sont les objectifs que vous poursuivez\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le plan est compos\u00e9 de quatorze actions. (\u2026) On a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019on allait structurer en quelques volets les actions qui s\u2019entrecroisent.<\/p>\n<p>Le premier volet rassemble des actions de gouvernance\u00a0: dans ces rapports de pouvoirs, il y a aussi une question politique. (\u2026) L\u2019id\u00e9e est que ce ne sont plus uniquement les institutions publiques qui doivent prendre le <em>lead<\/em> et g\u00e9rer ce genre de questions. Une premi\u00e8re action consiste \u00e0 composer un comit\u00e9 d\u2019accompagnement du plan d\u2019action, comprenant des repr\u00e9sentants d\u2019administrations bruxelloises touch\u00e9es de pr\u00e8s ou de loin par la question de l\u2019espace public. (\u2026) Deux groupes sociaux qu\u2019on n\u2019a pas l\u2019habitude de voir dans la gestion politique s\u2019y ajoutent\u00a0: les acteurs acad\u00e9miques, qui sont en g\u00e9n\u00e9ral appel\u00e9s en amont ou en aval d\u2019une part (\u2026). L\u00e0, on a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019une partie des seize expert\u00b7es qui avaient travaill\u00e9 aux recommandations seraient aussi membres. D\u2019autre part, dimension suppl\u00e9mentaire, on a convi\u00e9 des repr\u00e9sentants d\u2019associations anim\u00e9es par des personnes afrodescendantes pour qu\u2019elles soient aussi impliqu\u00e9es dans le suivi du plan. Ce comit\u00e9 se r\u00e9unit tous les deux mois. On y traite des dossiers d\u2019actualit\u00e9 ou touchant au plan, on les discute et les travaille ensemble. Chacun\u00b7e apporte son exp\u00e9rience. La richesse de ce lieu est que chacun\u00b7e vient avec ses qualit\u00e9s et son exp\u00e9rience, on se d\u00e9couvre et on essaie de faire avancer le projet.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me volet\u00a0: la sensibilisation\/l\u2019\u00e9ducation. Il est port\u00e9 par une action (3) tr\u00e8s importante\u00a0: on identifie les traces coloniales qui se trouvent dans l\u2019espace public, on les documente, et petit \u00e0 petit, on les cartographie. (\u2026) Ainsi, on a identifi\u00e9 entre 160 et 180\u00a0traces (selon les crit\u00e8res) en RBC, et on les int\u00e8gre au fur et \u00e0 mesure \u00e0 des outils existants\u00a0: les inventaires patrimoniaux de la RBC (\u2026) qu\u2019on utilise soit pour compl\u00e9ter, soit pour cr\u00e9er de nouvelles notices concernant ces traces. Une trace, \u00e7a peut \u00eatre simplement un nom de rue. (\u2026) On dispose donc d\u2019une liste, on la nourrit, puis on la cartographie. (\u2026). En outre, \u00a0on cr\u00e9e des liens entre la carte et les inventaires afin d\u2019offrir une compr\u00e9hension la plus compl\u00e8te possible. Dans ce volet de sensibilisation, j\u2019essaie aussi pour ma part de cr\u00e9er un outil qui synth\u00e9tise les connaissances accumul\u00e9es \u00e0 l\u2019attention du grand public, afin que celui-ci comprenne tr\u00e8s vite pourquoi on a int\u00e9gr\u00e9 un objet dans l\u2019inventaire des traces coloniales. En d\u2019autres termes, on essaie d\u2019expliquer en quoi un personnage ou une association ou une institution mis en \u00e9vidence dans l\u2019espace public a jou\u00e9 un r\u00f4le dans la colonisation (belge). De m\u00eame, certaines traces sont qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0d\u00e9coloniales\u00a0\u00bb, car certaines communes ont apport\u00e9 un contrepoint sur le pass\u00e9 colonial. Je prends l\u2019exemple de la rue Gemba \u00e0 hauteur de Simonis, renomm\u00e9e en l\u2019honneur de l\u2019une des victimes du zoo humain mis en place lors de l\u2019Exposition universelle de 1897 \u00e0 Tervuren (\u2026). Notre espoir est de parvenir \u00e0 un format web similaire \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.belgiumwwii.be\/\">Belgium\u00a0WWII<\/a> pour que le public puisse acc\u00e9der ais\u00e9ment \u00e0 toutes les informations, car un inventaire, c\u2019est parfois plus fastidieux \u00e0 aborder (\u2026). Cela serait une mani\u00e8re de toucher le public plus facilement.<\/p>\n<p>Enfin, un volet sur la question de la m\u00e9moire. Une action (5) correspond \u00e0 une \u00e9tude de faisabilit\u00e9 d\u2019un centre d\u2019interpr\u00e9tation de la d\u00e9colonisation. Le mot \u00ab\u00a0mus\u00e9e\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 tomber \u00e0 dessein. Une \u00e9tude financ\u00e9e par Beliris a commenc\u00e9 fin mars\u00a02025 autour d\u2019un consortium rassemblant des sp\u00e9cialistes de l\u2019urbanisme, de la mus\u00e9ographie, de la sc\u00e9nographie mus\u00e9ale et des architectes. Des chercheur\u00b7euses en sciences humaines et sociales de l\u2019UCLouvain les accompagnent. Ce consortium est charg\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 une question principale\u00a0: si vous deviez rep\u00e9rer un espace \u00e0 Bruxelles propice \u00e0 discuter de la colonisation et de la d\u00e9colonisation, quel serait ce lieu id\u00e9al et comment l\u2019organiserait-on\u00a0? Garderait-t-on un mod\u00e8le mus\u00e9al ou opterait-on pour un autre sch\u00e9ma (en ext\u00e9rieur ou en int\u00e9rieur)\u00a0? Trois missions connexes lui sont impos\u00e9es. D\u2019abord, r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un lieu de comm\u00e9moration des victimes de la colonisation \u00e0 Bruxelles (action\u00a07). Reste-t-on dans le traitement traditionnel de la m\u00e9moire en Occident (cr\u00e9er un lieu, une \u0153uvre, un recueillement annuel)\u00a0? Ou fait-on autre chose\u00a0? Ensuite, puisque les expert\u00b7es du rapport 2022 estimaient que certaines traces ne pouvaient plus rester dans l\u2019espace public, \u00e0 un lieu qu\u2019on a appel\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9p\u00f4t\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019on pourrait d\u00e9placer des traces ind\u00e9sirables (action\u00a08). Un exemple\u00a0: la statue n\u00e8gres marrons surpris par des chiens \u00e0 l\u2019Avenue Louise. Si on ne parvient pas \u00e0 d\u00e9velopper une m\u00e9diation suffisamment puissante pour contrebalancer la violence du monument, il faut le retirer. (\u2026) Enfin, \u00e0 quelle(s) date(s) et de quelle mani\u00e8re organiser des comm\u00e9morations concernant la colonisation en RBC\u00a0? (action\u00a09).<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Parmi les actions men\u00e9es, il y a donc de potentiels d\u00e9boulonnements de statues. Est-ce que cela provoque des r\u00e9actions polaris\u00e9es dans la population\u00a0? Comment g\u00e9rez-vous cela\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9videmment, oui, cela provoquait des r\u00e9actions bien avant que le plan d\u2019action n\u2019existe. Je pense par ailleurs que c\u2019est le r\u00f4le des chercheur\u00b7euses en sciences sociales et humaines de montrer qu\u2019on ne comprend pas la question de mani\u00e8re binaire. C\u2019est une difficult\u00e9, un d\u00e9fi, mais aussi la force de ce genre de projets. Oui, on a l\u2019impression que certaines parties prenantes sont vraiment \u00ab\u00a0contre\u00a0\u00bb ou vraiment \u00ab\u00a0pour\u00a0\u00bb, mais si l\u2019on creuse et discute, documente et informe ces publics, on r\u00e9alisera que certains sont \u00ab\u00a0plut\u00f4t pour\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0plut\u00f4t contre\u00a0\u00bb, et ainsi de suite de mani\u00e8re de plus en plus fine.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Anvers publi\u00e9e en 2022<span class='txt-ref'  data-content='R.\u00a0Brouwers, Z.\u00a0Verleye &amp; P.\u00a0Verheyen, \u00ab\u00a0De steun voor dekolonisering in Belgi\u00eb in kaart gebracht: tussen politieke gevoeligheden en maatschappelijke aanvaarding\u00a0\u00bb, &lt;em&gt;Tijdschrift Sociologie&lt;\/em&gt;, vol.\u00a03, 2022, p.\u00a0128\u2011162. &lt;a href=&quot;https:\/\/doi.org\/10.38139\/TS.2022.06&quot;&gt;https:\/\/doi.org\/10.38139\/TS.2022.06&lt;\/a&gt;.'><\/span> montre que plus un public est inform\u00e9 sur la question de la colonisation, plus celui-ci est favorable \u00e0 faire un travail de d\u00e9colonisation. \u00c7a ne veut pas dire retirer, mais au moins que les choses changent dans l\u2019espace public. Il n\u2019y a pas de diff\u00e9rences en termes de tendances politiques, mais plut\u00f4t au niveau de l\u2019\u00e2ge : les g\u00e9n\u00e9rations plus jeunes sont plus favorables \u00e0 d\u2019\u00e9ventuels retraits de l\u2019espace public. (\u2026) On voit donc que la sensibilisation joue ind\u00e9niablement un r\u00f4le dans la mall\u00e9abilit\u00e9 des positions du pour et du contre. Or, le premier constat que formule cette \u00e9tude est que les Belges ont des connaissances tr\u00e8s r\u00e9duites en histoire de la colonisation (\u2026). L\u00e0, il y a un v\u00e9ritable d\u00e9fi aussi : plus on r\u00e9ussit \u00e0 expliquer, plus on a des chances d\u2019avoir un public qui est favorable ou ne s\u2019oppose pas de mani\u00e8re aussi radicale. Il ne faut jamais oublier un \u00e9l\u00e9ment mis en \u00e9vidence par la sociologue Sarah Gensburger : un grand nombre de personnes ne sont pas au courant ou n\u2019en ont pas grand-chose \u00e0 faire<span class='txt-ref'  data-content='S.\u00a0Gensburger, \u00ab\u00a0Pourquoi d\u00e9boulonne-t-on des statues qui n\u2019int\u00e9ressent (presque) personne\u202f?\u00a0\u00bb, &lt;em&gt;The Conversation&lt;\/em&gt;, 29 juin 2020 (&lt;a href=&quot;http:\/\/theconversation.com\/pourquoi-deboulonne-t-on-des-statues-qui-ninteressent-presque-personne-141493&quot;&gt;http:\/\/theconversation.com\/pourquoi-deboulonne-t-on-des-statues-qui-ninteressent-presque-personne-141493&lt;\/a&gt;, consult\u00e9 le 4\/10\/2024).'><\/span> (\u2026)<\/p>\n<p>Des oppositions existent, certaines demeureront. Question de g\u00e9n\u00e9ration, question d\u2019h\u00e9ritage. Un exemple concret en 2025\u00a0: la c\u00e9l\u00e9bration par ses descendants d\u2019Edmond\u00a0Thieffry (1892-1929), as de l\u2019aviation durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Il s\u2019agit du premier aviateur qui relia Bruxelles \u00e0 L\u00e9opoldville (auj. Kinshasa) au printemps\u00a01925. Apr\u00e8s cet exploit, le h\u00e9ros Thieffry se fait le porte-voix de la propagande coloniale belge (\u2026). Il participe \u00e0 la diffusion de l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0mise en valeur\u00a0\u00bb, reformulation de la \u00ab\u00a0mission civilisatrice\u00a0\u00bb, qui promeut la valorisation du territoire congolais par le recours \u00e0 la technologie et aux transports. Apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s en 1929, on \u00e9rige un monument \u00e0 son honneur \u00e0 Etterbeek \u2013 une rue lui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9di\u00e9e en 1925. Puis, son image est utilis\u00e9e dans les revues de tourisme colonial (\u2026), un avion est renomm\u00e9 en son honneur par la Sabena, etc. Toute une imagerie autour du personnage est largement mobilis\u00e9e en faveur du projet colonial. Pourtant, lorsque sa famille veut c\u00e9l\u00e9brer le centi\u00e8me anniversaire de la liaison Bruxelles-L\u00e9opoldville, sponsoris\u00e9 par par BPost et Brussels Airlines, ce lien colonial est tu. On fait face \u00e0 une famille qui ne serait pas au courant. Lorsque le comit\u00e9 D\u00e9colonisation ajoute la rue, le monument et la station de m\u00e9tro d\u00e9di\u00e9s \u00e0 E.\u00a0Thieffry \u00e0 la liste des traces coloniales, l\u2019intention n\u2019est pas de faire le proc\u00e8s d\u2019E.\u00a0Thieffry \u2013 il ne s\u2019agit pas de juger les personnes \u2013, mais bien de r\u00e9v\u00e9ler un syst\u00e8me colonial qui a exist\u00e9 et auquel certain\u00b7es ont pris part \u00e0 des degr\u00e9s divers. Et c\u2019est compr\u00e9hensible qu\u2019une famille accepte cela difficilement alors que pendant cent ans, leur anc\u00eatre a \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme un h\u00e9ros de la nation. (\u2026) Il y a un contexte et de la nuance \u00e0 apporter. (\u2026)<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Peut-on rapprocher cette situation des questions qui se posent autour de <em>La Maturit\u00e9, <\/em>m\u00eame si c\u2019est dans un autre domaine\u00a0? Est-ce un m\u00eame type de probl\u00e9matique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>En tout cas, sur la sensibilit\u00e9, oui. Le terme qu\u2019on a le plus utilis\u00e9 depuis que j\u2019ai accept\u00e9 la mission de coordinateur, c\u2019est que c\u2019est <em>sensible.<\/em> Sur la question de <em>La Maturit\u00e9 <\/em>[groupe sculpt\u00e9 de Victor\u00a0Rousseau install\u00e9 en 1922 dans le quartier de la gare centrale, Ville de Bruxelles]<em>, <\/em>bien que je ne connaisse pas ce monument, il y a d\u00e9j\u00e0 un point important\u00a0: tout le monde revendique \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb expertise.<\/p>\n<p>\u00c0 mon sens, le danger est l\u2019impr\u00e9paration lors d\u2019un changement de paysage. La question d\u2019une \u0153uvre dans l\u2019espace public, c\u2019est avant tout une question de paysage. (\u2026) Le jour o\u00f9 l\u2019on retire une \u0153uvre, on l\u2019extrait du paysage des citoyens. Le tout est de s\u2019y pr\u00e9parer. On doit expliquer pourquoi on doit la retirer. (\u2026). Pour \u00e9viter une controverses aliment\u00e9e de cartes blanches comme pour <em>La Maturit\u00e9, <\/em>les institutions publiques doivent aller davantage vers les citoyens en les pr\u00e9venant de la modification de l\u2019espace public, du pourquoi, des objectifs. (\u2026) En r\u00e9sum\u00e9, de mon point de vue, il est n\u00e9cessaire de rappeler que la ville appartient aux citoyens, et on ne peut plus le nier comme on l\u2019a fait pendant des d\u00e9cennies. \u00c7a ne veut pas dire qu\u2019il faut faire de la participation citoyenne tr\u00e8s large pour tout objet, mais \u00eatre conscients qu\u2019il faut co-pr\u00e9parer les citoyens quand on modifie leurs horizons.<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Pour cette pr\u00e9paration, vous avez \u00e9voqu\u00e9 la sensibilisation, notamment des jeunes. Est-ce que l\u2019\u00e9cole fait aussi partie du projet\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, je l\u2019ai dit, plusieurs actions concernent la sensibilisation. On a une action (10) qui s\u2019adresse aux fonctionnaires r\u00e9gionaux. On pense au d\u00e9part que le projet ne touche qu\u2019au patrimoine. En r\u00e9alit\u00e9, la volont\u00e9 du gouvernement est de dire qu\u2019on touche \u00e0 quasi tous les m\u00e9tiers de l\u2019urbanisme et du patrimoine. (\u2026) On avancera mieux si on a une adh\u00e9sion.<\/p>\n<p>Une autre action (6) concerne un appel \u00e0 projets, en collaboration avec Equal.brussels qui lutte contre les discriminations de tout ordre. L\u2019objectif est de financer des organisations qui font un travail de sensibilisation sur la d\u00e9colonisation (de l\u2019espace public) \u00e0 l\u2019attention du grand public. Et parmi ce public, il y a les jeunes. En outre, le projet des \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.classesdupatrimoine.brussels\/\">classes du patrimoine<\/a>\u00a0\u00bb, financ\u00e9 par Urban, s\u2019adresse sp\u00e9cifiquement \u00e0 elles et eux. Des agents guident des \u00e9l\u00e8ves avec l\u2019argument du patrimoine de leur quartier et de leur ville comme point d\u2019appui (\u2026). On a ajout\u00e9 \u00e0 ce programme un volet (d\u00e9)colonisation en collaboration avec le mus\u00e9e Belvue. Les \u00e9coles peuvent s\u2019inscrire et faire un parcours dans le quartier royal pour apporter des connaissances sur ces questions. Donc, d\u2019abord il y a diffusion de connaissances sur la colonisation, et puis cela est compl\u00e9t\u00e9 par une initiation sur la mani\u00e8re dont les rapports de pouvoir in\u00e9gaux issus de la colonisation se manifestent encore dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle. Le principal outil d\u2019Urban enfin, ce sont les journ\u00e9es du patrimoine, \u00e0 la mi-septembre. L\u2019\u00e9dition 2022 \u00e9tait port\u00e9e directement sur les traces coloniales. Cette ann\u00e9e, le th\u00e8me est l\u2019Art d\u00e9co. On organisera des visites qui font le lien entre l\u2019Art d\u00e9co et la d\u00e9colonisation.<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Ces premi\u00e8res actions men\u00e9es sont-elles un succ\u00e8s\u00a0? Comment envisagez-vous l\u2019avenir\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>En nommant ce rapport \u00ab\u00a0Vers la d\u00e9colonisation\u00a0\u00bb, les expert\u00b7es consid\u00e9raient \u2013 je ne sais pas si c\u2019\u00e9tait \u00e9vident pour le gouvernement \u2013 que Bruxelles n\u2019\u00e9tait pas encore entr\u00e9e dans la d\u00e9colonisation. Et je pense pouvoir affirmer que maintenant, on a avanc\u00e9 (\u2026). Pour moi, la principale r\u00e9ussite, qui manque souvent ailleurs, est que tout le monde se retrouve autour de la table. C\u2019est quelque chose de difficile \u00e0 comprendre. Pour la premi\u00e8re fois, les associations disent qu\u2019on les \u00e9coute, et elles ont l\u2019impression qu\u2019on ne se moque pas d\u2019elles (\u2026). On a instaur\u00e9 ici quelque chose qui cr\u00e9e de la confiance, ce qui est d\u00e9cisif quand on touche \u00e0 des questions identitaires.<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Vous l\u2019avez dit, les acad\u00e9miques sont inclus dans le projet, qui est quelque part un miroir de la recherche en histoire sur ces questions. Inversement, y aurait-il un impact de ce projet dans la ville sur la recherche\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr\u00a0! Il y a un besoin de connaissances. Dans ce projet, plus on avan\u00e7ait, plus on s\u2019est rendu compte qu\u2019on avait besoin de personnes ayant des connaissances fines de la colonisation et de la d\u00e9colonisation. Dans mon r\u00f4le de coordinateur, je suis souvent sollicit\u00e9 sur des questions (\u2026) et je ne peux pas apporter toutes ces connaissances. R\u00e9guli\u00e8rement, je demande du soutien \u00e0 d\u2019ancien\u00b7nes coll\u00e8gues.<\/p>\n<p>Dans le sens inverse, plusieurs projets de recherche m\u00ealant diff\u00e9rentes disciplines de sciences humaines et sociales travaillent dans le champ des <em>memory studies<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9chelle belge ou europ\u00e9enne (par ex. les projets <a href=\"https:\/\/conciliare.eu\/\">Conciliare<\/a> ou <a href=\"https:\/\/hericol.ulb.be\/\">HERICOL<\/a>). Petit \u00e0 petit, certains ont rejoint notre comit\u00e9 comme membres observateurs. On b\u00e9n\u00e9ficie donc de la pr\u00e9sence de ces chercheurs et chercheuses, et \u00e7a fait des connexions. Des discussions s\u2019engagent pour savoir ce qu\u2019on peut s\u2019apporter mutuellement. Elles et ils s\u2019interrogent sur la mani\u00e8re dont les autorit\u00e9s publiques s\u2019emparent de ces questions qui touchent aux identit\u00e9s\u00a0: o\u00f9 est prise la d\u00e9cision\u00a0? Est-ce que les citoyens ont vraiment voix dans ce genre de projet\u00a0? Comment participent-ils\u00a0? (\u2026)<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>\n\n\n<section  class=\"contemporanea-section full-width-text\">\n    <div class=\"contemporanea-container\">\n        \n                    <div class=\"block-text lh-2\"><p><strong>Quelle est votre conclusion sur le r\u00f4le des historiens dans ce contexte\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Les sciences humaines et sociales sont, pour moi, souvent peu valoris\u00e9es dans ce qu\u2019elles apportent \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9. En tant qu\u2019historien ou historienne, on doit chercher, en marge de notre travail de recherche fondamentale, \u00e0 contribuer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Et la r\u00e9ponse n\u2019est pas univoque. Souvent, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 la difficult\u00e9 d\u2019obtenir une contribution \u00ab\u00a0soci\u00e9tale\u00a0\u00bb d\u2019un\u00b7e chercheur\u00b7euse qui dispose l\u2019expertise la plus fine, par manque de temps ou parce qu\u2019il\/elle n\u2019est pas financ\u00e9\u00b7e pour ce genre d\u2019investissements. (\u2026) Hormis dans les s\u00e9minaires et cours \u00e0 l\u2019universit\u00e9, un\u00b7e chercheur\u00b7euse ne peut pas consacrer de temps \u00e0 la diffusion des savoirs de mani\u00e8re saine (en \u00e9tant r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, en \u00e9tant \u00ab\u00a0en s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb sur le temps \u00e0 y consacrer). Sortir de ce cadre conduit parfois \u00e0 des reproches ou \u00e0 du surmenage. Cela d\u00e9montre que l\u2019universit\u00e9 peut encore s\u2019am\u00e9liorer dans son r\u00f4le \u00ab\u00a0soci\u00e9tal\u00a0\u00bb. Ce projet soul\u00e8ve enfin la question de l\u2019extractivisme intellectuel : je suis chercheur\u00b7euse\/membre d\u2019une administration publique, je vais \u00e0 un endroit, je prends les connaissances produites par une association, et je la transforme en publication. On devrait pouvoir valoriser le travail de tou\u00b7tes (\u2026).<\/p>\n<\/div>\n            <\/div>\n<\/section>","protected":false},"author":13,"featured_media":2265,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"class_list":["post-2267","article","type-article","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article\/2267","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article\/2267\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2278,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/article\/2267\/revisions\/2278"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2265"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.contemporanea.be\/nl\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2267"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}