Jean-Marie Yante et Luc Courtois (dir.), Léopold Genicot, médiéviste et militant wallon, (Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2025), 140 p.
Trônant au coin de la place Cardinal Mercier à Louvain-la-Neuve, une plaque commémorative dédiée à Léopold Genicot observe les nouvelles générations d’historiens. Né en 1914 à Forville, Léopold Genicot (1914-1995) a suivi un cursus en histoire et en économie politique avant d’être engagé comme stagiaire volontaire aux Archives de l’État à Namur où il traite des fonds médiévaux et contemporains. Fort d’un service militaire effectué en 1937-1938, il est mobilisé durant la Seconde Guerre mondiale et est capturé en 1941 par les Allemands. Rapidement relâché, il s’illustre comme résistant. C’est en 1945 que Léopold Genicot rejoint le département d’histoire de l’UCL. Dix ans plus tard, il y est nommé professeur et assure, entre autres, les cours d’histoire médiévale, d’archivécomonie, de latin médiéval et de critique historique.
En parallèle, ses recherches s’intéressent essentiellement à l’histoire rurale du comté de Namur dans une perspective économique et sociale, comme en témoignent les quatre volumes de L’économie rurale namuroise au bas Moyen Âge. Son intérêt pour l’histoire rurale se matérialise par la fondation, avec Adriaan Verhulst, du Centre belge d’histoire rurale. L’œuvre du médiéviste est également marquée par son intérêt pour les sources. En tant que membre de la Commission royale pour la publication des anciennes lois et ordonnances, il en a édité quelques-unes relatives à l’histoire de la Wallonie. À cela s’ajoute la direction de la célèbre collection Typologie des sources du Moyen Âge occidental. En vis-à-vis de sa vie professionnelle, Léopold Genicot s’est démarqué comme militant wallon. Membre de la Rénovation wallonne, il participe aux négociations relatives au transfert de la section francophone de l’Université catholique de Louvain. Si Léopold Génicot a largement marqué la médiévistique belge, son œuvre n’a que trop peu été étudiée. Relevons toutefois une notice dans l’Encyclopédie du Mouvement Wallon et un colloque réunissant d’anciens élèves et collègues à Louvain-la-Neuve à l’occasion du centenaire de sa naissance. Cet ouvrage en constitue les actes, soigneusement collationnés et édités par deux directeurs disposant d’une sérieuse expertise face au double profil de Léopold Genicot : historien médiéviste et militant wallon.
L’ouvrage, relevant à la fois de l’hommage et du recueil de textes, se compose de quatre parties inégales en volume et dont les articles qu’elles contiennent souffrent de quelques écueils à l’instar d’un léger manque de critique ainsi que de minimes redondances. Les différentes parties proposent d’examiner chaque facette de la vie de l’historien forvillois depuis sa biographie (L’homme), à son œuvre de médiéviste (Les réalités médiévales et Le monde rural) en passant par son implication dans la didactique (La didactique de l’histoire) ainsi que le militantisme wallon (L’engagement wallon) et terminant par des témoignages (Témoignages). Après une courte introduction des directeurs de publication (p. 5-6), les actes s’ouvrent sur trois publications qui abordent les éléments marquant la vie de l’historien. Ainsi, les deux organisateurs ouvrent la marche avec un article intitulé « Léopold Genicot. Esquisse pour un portrait » (p. 9-24). Cette enquête biographique étudie les grands aspects de Léopold Genicot à travers des sources personnelles, telles que son ouvrage Calme Hesbaye, Mon village en Namurois. 1920-1930. Des origines rurales en passant par son éducation, son parcours d’archiviste, puis de prisonnier de guerre, de résistant, de militant, aucun aspect de la vie du médiéviste n’est laissé de côté. S’ensuit une bibliographie exhaustive (p. 25-72) divisée en deux parties et complétée par un index (p. 73-75). Jean-Louis Kupper s’intéresse à deux des ouvrages majeurs du médiéviste : Les lignes de faîte du Moyen Âge et Le XIIIe siècle européen (p. 79-86).
L’auteur revient de manière synthétique sur les principales idées développées dans ces monographies, puis conclut sur une mise en perspective de la pensée de Genicot avec celles de Godefroid Kurth et d’Henri Pirenne. La suite des actes est marquée par une contribution de René Noël qui fait directement écho à la précédente, puisqu’elle aborde les quatre volumes de L’économie rurale namuroise au bas Moyen Âge (p. 89-98). Jean Georges analyse ensuite l’attachement qu’avait le médiéviste pour la création de manuels d’histoire destinés au secondaire (p. 101-105). Genicot voulait se départir de la mémoire et articuler l’enseignement de l’histoire autour du présent. C’est pourquoi il a milité pour l’introduction de documents historiques permettant de développer l’enseignement de l’histoire autour d’études de cas. Puis, Jean Pirotte détaille l’influence des origines rurales de Genicot sur, d’une part, sa production scientifique et, d’autre part, son engagement dans plusieurs associations défendant la Wallonie (p. 109-117). Enfin, une section dédiée à deux témoignages clôture le développement central. Philippe Moreau (p. 121-122) rend hommage à un homme décrit comme aussi exigeant que passionné, là où Werner Paravicini (p. 123-129) revient sur ses deux années à Louvain. Ce dernier peint un portrait touchant d’un homme qui trouve dans l’histoire un écho de sa propre vie et de ses origines, mais aussi celle d’un mentor. Jean-Marie Cauchies (p. 131-134) conclut justement les actes « Si le dieu romain Janus eut deux faces, Léopold Genicot en eut autant, sinon davantage ».
Si la qualité scientifique des contributions n’est pas à remettre en cause, quelques défauts éditoriaux sont à relever, à commencer par des parties largement inégales et parsemées de coquilles éditoriales. Ainsi, cet ouvrage constitue avant tout un hommage d’anciens collègues dédié à un éminent historien et laisse entrevoir une multitude d’études possibles sur l’œuvre du médiéviste.
Contacteer ons
Dat kan via onderstaande link